« Last Night », ou l’histoire d’un couple new-yorkais marié, Michael (Sam Worthington) et Joanna Reed (Keira Knightley), qui redécouvrent les tentations amoureuses pendant une nuit : lui avec sa collègue Laura (Eva Mendes), elle avec son ex-copain Alex (Guillaume Canet). Le film a ouvert le dernier Festival de Rome pendant les manifestations sur le tapis rouge contre la politique des coupes sur la culture exécutée par le « chevalier du royaume d’Italie », Silvio Berlusconi.

Tout d’abord, du respect à la débutante irano-américaine Massy Tadjedin qui, après avoir écrit les scénarios de « Leo » (2002) et « The Jacket » (2005), écrit, réalise et produit le film, malgré tous les problèmes financiers dû à la faillite productive de son premier producteur – la Miramax Films – pendant le tournage.

Néanmoins, et c’est mauvais à dire, ce long-métrage a survécu et va probablement survivre grâce au casting « glamoureux » qui sera agréable aux yeux d’un public masculin – avec les deux jolies protagonistes, Keira Knightley en pole position – de même qu’un public féminin – avec les plutôt « plats » Guillaume Canet et Sam Worthington. Autrement, le spectateur est passif face au film car il connaît tout et finalement il ne se pose pas les mêmes questions – ou peut-être qu’il ne se pose rien du tout – qui martèlent les protagonistes – pas omniscients d’ailleurs. Cela bloque l’auditeur pendant son processus automatique d’identification psychologique avec les personnages d’une histoire, dont le but  n’est pas le suspens. À cet endroit, on pourrait rappeler « Two Lovers » (2005) de James Gray, un film similaire mais mieux réussi sur le plan narratif : en effet, on est activement engagé à partager ou refuser les actions du protagoniste puisqu’il est le seul pilier de la narration filmique, malgré que l’histoire soit fondée sur deux autres personnages féminins.

Pour revenir à « Last Night », l’identification du spectateur est aussi arrêtée par le casting. De fait, les acteurs trop parfaits au niveau physique – mais aussi au niveau du peu de psychologie qu’on aperçoit – sont abaissés dans un monde trop réel qui va accentuer cette improbable perfection. Un exemple de bon travail avec un casting « parfait » est fait dans « Eyes Wide Shut » (1999) de Stanley Kubrick, dans lequel le réalisateur place les beaux protagonistes dans un monde à la limite du kitsch avec un résultat justement dégradant et donc accessible au spectateur, imparfait être humain.

Très intéressant et toujours actuel, le thème traité; par contre l’auditeur n’a pas la possibilité de toucher quoique ce soit avec son esprit et il reste plutôt déçu.

Appréciables, les plans rapprochés du chef opérateur Peter Deming, nonobstant l’usage parfois trop gratuit de la petite profondeur de champs.

Puisqu’on est jeune, il faut aller voir « Last Night » quand même, afin d’aider des jeunes réalisateurs qui ont eu le courage de se lancer et qui vont bien sûr s’améliorer la prochaine fois.

« Last Night »

de Massy Tadjedin

avec Keira Knightley, Sam Worthington, Eva Mendes, Guillaume Canet, Griffin Dunne, Stephanie Romanov.

Pathé

Sortie le 16/02/11

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