Il y a juste quelques mois, Zack Snyder nous a montré, avec le dessin animé « Le royaume de Ga’Hoole », qu’il est parfaitement capable de transposer ses obsessions visuelles – l’abus de ralentis n’étant qu’une de celles-ci – dans un film pas nécessairement destiné à un public adulte. Certes, « Sucker Punch » n’est pas du tout un produit pour les petits (bon, « Ga’Hoole » non plus, mais il en donnait l’impression), mais il s’inscrit dans cette nouvelle direction qu’a pris la carrière du réalisateur, loin des univers sanglants de « L’armée des morts » et « 300 » et pourtant capable de signer des scènes d’action époustouflantes. En plus, « Sucker Punch » se sépare nettement des films précédents de Snyder pour des raisons « hormonales »: si notamment « 300 » était inondé par la testostérone, cette nouvelle histoire est dominée par les femmes.

En fait, toute l’histoire se déroule selon le point de vue d’une nommée Babydoll (Emily Browning) qui, dans la magnifique séquence initiale, se trouve au milieu d’une dispute familiale (mère morte, beau-père tyrannique, etc) et, suite au décès tragique de sa petite sœur, se retrouve enfermée dans un hôpital psychiatrique. Ayant appris qu’un spécialiste de lobotomies fera son apparition dans cinq jours, elle conçoit un plan pour sortir du bâtiment et recommencer une vie normale, avec l’aide d’autres patientes/prisonnières (jouées par Abbie Cornish, Jena Malone, Jamie Chung et Vanessa Hudgens). Il faudra juste faire attention, car si leur monde intérieur est entièrement sous leur contrôle, le même principe n’est pas forcément valable dans le monde réel…

Mais suis-je bête, le monde réel n’est d’aucun intérêt pour Babydoll, ni pour Snyder. En fait, ce dernier a explicitement écrit le scénario pour déchaîner toute son imagination, sans aucune limitation au niveau narratif. On le dit clairement dans le film: si le monde se trouve dans votre tête, c’est vous qui le contrôlez. Et voilà que la protagoniste, à la recherche d’une stratégie pour s’enfuir, construit des univers magiques où elle et ses amies doivent lutter contre des dragons, des nazis zombie (!) et j’en passe, guidées par un personnage mystérieux avec le visage de Scott Glenn (la seule présence masculine sympathique du récit). Le résultat est donc un imaginaire assez inédit, propulsé sur le grand écran sans honte et sans crainte (et sans 3D, ce qui est très positif en raison du montage frénétique).

Et pourtant… tout ça n’est pas complètement suffisant. D’accord, inutile de se plaindre face au script plutôt simple (filles=bien, hommes=mal), parce que dans un film pareil on a souvent vu bien pire en ce qui concerne l’écriture. Non, le problème est justement lié à la folie visionnaire de Snyder qui, ayant créé une histoire qui fait assez jeu vidéo, ne se préoccupe pas lorsqu’il s’agit de rendre les différents « niveaux » du jeu passionnants et pas répétitifs. La conséquence est que, après une première heure pleine d’idées brillantes et d’images inoubliables, l’opération plonge dans le déjà vu et « Sucker Punch » passe du pur délire jouissif qui nous avait été promis au simple divertissement, soutenu par un bon groupe d’actrices (qui aurait dit que Vanessa Hudgens était capable de nous faire oublier « High School Musical »?), une bande sonore superbe et une mise en scène qui, en dépit des défaillances des dernières cinquante minutes, reste une garantie quant à la curiosité pour le prochain projet de Snyder, à savoir la réinvention de Superman…

Sucker Punch

De Zack Snyder

Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone, Vanessa Hudgens, Carla Gugino, Jon Hamm, Scott Glenn

Distribution: Warner

Sortie le 30/03/11

 

 

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