Peut-on ignorer les circonstances externes lorsqu’on regarde un film? Il semblerait que non, comme le prouve l’effet qu’a eu la mort de Heath Ledger sur la réception de « The Dark Knight » et « Dr. Parnassus » (surtout ce dernier, pour des raisons artistiques aussi), ou la sortie de « The Ghost Writer » à l’époque où son réalisateur, Roman Polanski, risquait l’extradition vers les États-Unis (un thème qui revient dans le film, d’ailleurs). Comment juger, alors, « The Beaver », dont la date de sortie américaine a été modifiée quatre fois – on l’a finalement distribué la même semaine que sa projection, hors compétition, au Festival de Cannes – suite au comportement de son acteur principal, Mel Gibson, qui aurait dû renoncer à un rôle dans « Very Bad Trip 2 » pour la même raison?

En effet, être au courant des problèmes personnels de Gibson est à la fois utile et dangereux. Dangereux parce que ces notions tirées des pages « People » des journaux risquent de salir la réputation de ce film, qui marque également le retour derrière la caméra de Jodie Foster, qu’on avait un peu perdu de vue comme actrice aussi (depuis « A vif » de Neil Jordan, en 2007). Utile, parce que le Gibson troublé du monde réel se reflète dans le Walter Black de la fiction, un PDG dépressif qui, après une tentative de suicide, trouve une marionnette en forme de castor et s’en sert pour exprimer son malaise. En fait, le castor devient une véritable personnalité de Walter, avec une propre voix (dans la version originale, Gibson imite son collègue anglais Ray Winstone) et un point de vue qui ne plaît pas trop à sa famille (Foster dans le rôle de la femme, Anton Yelchin dans celui du fils aîné).

A priori, « The Beaver » n’est pas un film facile à décrire, notamment en ce qui concerne son spectateur idéal: comment promouvoir une comédie sur la dépression, sans compter la présence de « Mad Mel », comme l’appelle la presse anglophone? En plus, dès que Foster a repris le scénario, initialement offert à Steve Carell, le ton du récit a évolué: une comédie, certes, mais très amère. Ayant tenu compte de tout ça, nous pouvons dire que, si difficile qu’il soit, le film est profondément captivant, malgré des digressions au niveau narratif qui ne sont pas entièrement convaincantes (dommage, puisque cette intrigue secondaire s’appuie sur la présence de la talentueuse Jennifer Lawrence). Cela est dû presque entièrement à Gibson, qui domine la quasi totalité des scènes avec son visage triste et fatigué, qui provoque des rires et des larmes dans la même mesure. Si Hollywood est capable de lui pardonner ses erreurs privées, on pourrait dès maintenant parler d’une possible nomination à l’Oscar.

Le complexe du castor (The Beaver)

De Jodie Foster

Avec Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin, Jennifer Lawrence

Distribution: Ascot Elite

Sortie le 29/06/11

 

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