Le 10 septembre s’est terminée la soixante-huitième édition du Festival de Venise, la dernière – pour l’instant, la confirmation officielle arrivera en janvier – sous la direction de Marco Müller, qui a vraiment su donner au plus ancien festival de cinéma au monde un nouveau souffle de vie. Bien sûr, il reste des problèmes à régler, du chantier, qu’on surnomme « Ground Zero », là où est censé naître le nouveau palais du cinéma, à la dispute qui s’est créée cette année au sujet des projections pour la presse, puisque les accrédités les plus « faibles » (il y a un système de priorité, comme à Cannes) ont souvent dû attendre les séances de rattrapage (celles qui sont normalement destinées aux accrédités « culturels »). Mais en ce qui concerne la qualité moyenne des films projetés, cette édition est sûrement parmi les meilleures. Voici donc les dix meilleurs films – à mon avis, bien sûr – proposés lors du Festival:

1. « Faust » d’Alexander Sokurov (Compétition). Une expérience inoubliable, un mélange d’images et sons qui clôt de manière magistrale la tétralogie du réalisateur sur le sujet du pouvoir, en adaptant très librement le texte de Goethe. Pour une fois, la presse, le public et le jury étaient d’accord: un Lion d’Or tout à fait mérité.

2. « Carnage » de Roman Polanski (Compétition). Le cinéaste n’était pas présent, à cause des risques d’extradition, mais sa vision s’est imposée dans ce film apparemment simple, mais en réalité très cruel et incisif. Tiré de la pièce « Le dieu du carnage » de Yasmina Reza, ce chef-d’œuvre est magnifiquement joué par quatre acteurs extraordinaires, avec une mention spéciale pour Kate Winslet (on sent une nouvelle nomination aux Oscars) et Christoph Waltz (et son téléphone portable).

3. « Cut » d’Amir Naderi (Orizzonti). Une histoire brutale et poétique, lettre d’amour extrême à la cinéphilie, signé par un des auteurs les plus courageux du cinéma d’aujourd’hui. Absolument fou et splendide, un film incontournable.

4. « Tinker, Tailor, Soldier, Spy » de Tomas Alfredson (Compétition). Oubliez James Bond, les vrais espions, c’est des gens seuls, tristes et paranoïaques. D’après un des meilleurs romans de John le Carré, un thriller intelligent et sombre, qui rappelle les grands films du genre produits dans les années 70. Tomas Alfredson maintient les promesses du sublime « Let The Right One In ». (sortie prévue en Suisse romande: février 2012)

5 . « The Ides of March » de George Clooney (Compétition). Un autre hommage au cinéma d’autres temps, plus précisément le genre de film qu’aurait tourné Alan J. Pakula, mais avec un scénario écrit par Aaron Sorkin. Après « The West Wing », le meilleur portrait disponible de ce qui se passe derrière les coulisses de la politique américaine. (sortie en Suisse romande le 26 octobre)

6. « Killer Joe » de William Friedkin (Compétition). Vous arrivez à imaginer Matthew McConaughey dans le rôle d’un tueur à gages? Nous non plus, mais c’est exactement ce qu’il fait dans le nouveau film du réalisateur de « L’exorciste », et c’est un vrai tour de force pour un acteur capable de beaucoup plus que de jouer dans des comédies imbéciles. Un petit joyau de violence et d’humour noir.

7. « Wilde Salome » d’Al Pacino (Hors Compétition). Un voyage expérimental dans l’univers d’Oscar Wilde, à travers une mise en scène théâtrale de sa pièce « Salomé », un film tiré de la même pièce et un documentaire qui traite des deux projets en même temps. Le portrait d’une magnifique obsession, avec le grand Pacino qui a aussi le mérite d’avoir découvert le talent éblouissant de Jessica Chastain (« The Tree of Life »).

8. « Dark Horse » de Todd Solondz (Compétition). Imaginez l’épisode le plus sombre de « Seinfeld ». Voilà à quoi ressemble la nouvelle comédie de Solondz, moins provocateur que d’habitude, mais toujours aussi implacable dans son analyse de la société américaine.

9. « Shame » de Steve McQueen (Compétition). Après « Hunger », le cinéaste anglais signe un autre film très fort, qui parle de la sexualité dans sa forme la plus destructrice. Michael Fassbender, qui a remporté le prix du meilleur acteur, est tout simplement incroyable.

10. « Crazy Horse » de Frederick Wiseman (Venice Days). Le doyen du cinéma documentaire se concentre cette fois sur le célèbre endroit éponyme de Paris, avec une mise en scène libre comme toujours qui raconte la vie des danseuses et leurs spectacles. A éviter juste si vous n’aimez pas deux heures de nus.

 

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