Pour une génération de cinéphiles, « Les trois mousquetaires », c’est le film de Richard Lester, sorti en 1974 avec Oliver Reed, Michael York, Christopher Lee et Charlton Heston. Pour une autre, c’est la version plus récente de 1993, réalisée par Stephen Herek avec des acteurs comme Kiefer Sutherland et Charlie Sheen au générique, ou encore les mousquetaires vieillis (Gabriel Byrne, John Malkovich et Gérard Depardieu) qu’on a vu en 1998 dans « L’homme au masque de fer » de Randall Wallace. Avec tout ça en tête, c’est bien triste de constater que pour les spectateurs d’aujourd’hui, la première image qu’ils associeront à Athos, Porthos et Aramis (sans oublier D’Artagnan) sera celle de ce navet en 3D signé Paul W.S. Anderson, déjà connu pour les dégâts iconographiques qu’il a causés avec le premier « Alien vs. Predator ».

Cela dit, il faut toutefois admettre qu’au niveau scénaristique le film suit assez fidèlement le roman de Dumas, ou au moins la première moitié, puisque le réalisateur pense déjà à un deuxième chapitre (cela était déjà arrivé avec Lester, mais lui avait tourné un seul film qui a été divisé en deux par la suite). On a donc les intrigues du cardinal Richelieu (Christoph Waltz) et de Milady (Milla Jovovich), l’arrogant duc de Buckingham (Orlando Bloom), le cruel Rochefort (Mads Mikkelsen) et, bien sûr, les trois mousquetaires (Matthew MacFadyen, Ray Stevenson et Luke Evans) qui sont aussitôt accompagnés par le jeune D’Artagnan (Logan Lerman).

Pourtant, ce film ne correspond pas vraiment à ce qu’on aurait imaginé en lisant les pages de Dumas: pour Anderson, « Les trois mousquetaires » n’est pas très différent d’un blockbuster contemporain. C’est pourquoi, en dehors de l’atmosphère steampunk qui vient avec le vaisseau volant (!) de Buckingham, l’intrigue est mise en scène avec une combinaison visuelle de « Pirates des Caraïbes », « Da Vinci Code » et le « Sherlock Holmes » de Guy Ritchie, avec en plus des gags scatologiques et Milady qui, pour faire plaisir à Jovovich (c’est l’épouse d’Anderson, après tout), est devenue une sorte de Sydney Bristow d’une autre époque. Tout ça en relief, même si ce n’était pas du tout nécessaire.

En gros, deux heures à peu près de courses poursuites, duels et complots, mais sans l’humour et le pathos qu’on avait l’habitude de retrouver dans d’autres versions. Pire encore, cette adaptation de 2011 a une distribution tout à fait admirable, mais ne sait pas comment l’utiliser: ceux qui ont vu « Percy Jackson » savent déjà à quoi s’attendre de la part de Logan Lerman, mais c’est quand même avec des gens comme Christoph Waltz et Mads Mikkelsen, qui ne prennent pas leur travail au sérieux, qu’on se rend vraiment compte à quel point cette opération typiquement hollywoodienne (mais avec la participation du producteur allemand Bernd Eichinger, décédé il y a neuf mois) est ratée. Et évidemment, la dernière scène promet que ce n’est pas fini…

Les trois mousquetaires (The Three Musketeers)

De Paul W.S. Anderson

Avec Matthew MacFadyen, Milla Jovovich, Ray Stevenson, Luke Evans, Orlando Bloom, Logan Lerman, Christoph Waltz, Mads Mikkelsen

Distribution: Pathé

Sortie le 12/10/11

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