« Les mineurs bonjour »

C’est ainsi que commence tout nouveau cas. Nous voilà ainsi plongés dans le quotidien de la BPM, la Brigade de Protection des Mineurs, à Paris, entre un cas de viol, fugue, inceste, menace, violence…. Film au rythme frénétique, il alterne avec maestria entre moments d’extrême intensité dramatique et scènes hilarantes. Nous avons la possibilité de scruter dans un kaléidoscope qui mélange sur deux heures de pellicule une infinité d’histoires : de la pickpocket roumaine qui se fait tabasser et exploiter par son oncle au mari de la haute bourgeoisie qui viole sa fillette, du mari bigame japonais à l’entraîneur de gym qui a un faible pour une de ses élèves, ou de l’accouchement d’un fœtus mort d’une fille violée par un inconnu à la mère toxicomane qui a enlevé son bébé…

Dur, très dur. Surtout explicite. Polisse est aussi fin dans ce qu’il montre qu’il est dur et cru dans ce qu’il exprime à voix haute. On reste choqué par la crudité des aveux des violeurs pendant les interrogatoires, mais on s’esclaffe en voyant les fous rires de la brigade face à une fillette qui a fait une fellation à un garçon pour qu’il lui restitue son portable : «Tu devais beaucoup tenir  à ce portable ! Je n’ose pas imaginer qu’est ce que t’aurais fait s’il t’avait volé l’ordinateur…». Rire des horreurs de la quotidienneté, c’est ce qui reste à faire pour survivre.

Maïwenn se concentre sur la représentation de cette équipe-famille de la BPM, et elle noie les liens d’amitié et d’amour entre les agents. Ce film choral lui réussi magnifiquement, ne tombant jamais dans le mélodramatique ou dans le jugement, et il montre avec une poésie cruelle le travail quotidien de la BPM ainsi que les problèmes des agents, confrontés à un travail éreintant.

Le sentiment de réalité que Polisse réussi à dégager est bouleversant, tant qu’on se croirait dans un documentaire plutôt que dans une fiction. Vous resterez sûrement époustouflés et émus en regardant la scène où Joystarr, qui joue le rôle de l’agent rebelle et furieux, enlace un enfant africain qui vient d’être abandonné par sa mère. Ecoutez les cris spasmodiques et les larmes du petit : il n’y a vraisemblablement rien de fictionnel ou construit en tout ça, c’est la pure vérité, la pure douleur.

C’est le travail très engagé de Maïwenn qui a permis de reconstruire et représenter le travail de la BPM. Pour atteindre ce stade de réalité, la réalisatrice a passé beaucoup de temps avec la Brigade des Mineurs. Et les comédiens de faire la même chose avant le tournage pour absorber l’essence de ce monde policier. Aucune histoire racontée par le film n’est inventée, elles se basent toutes sur les récits de la BPM ou sur ce que Maïwenn a vu pendant son stage. Il y a assez de misère et d’horreur en ce monde qu’on peut bien éviter d’en ajouter.

 

Final interdit aux faibles d’esprit.

Polisse

De Maïwenn

Avec Karin Viard, Joey Starr, Maïwenn, Riccardo Scamarcio

Sortie le 19/10/11

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