KHODORKOVSKY

Quelqu’un a cherché à faire disparaître le documentaire du réalisateur allemand Cyril Tuschi à plusieurs reprises. Des ordinateurs et autre matériel du film ont été volés. Cette affaire, ressemblant à un film thriller international ( « Wie ein Krimi », titrait la presse allemande »), nous permet d’apercevoir les forts enjeux politiques et la ‘’dangerosité’’ inhérente au film.  Ce scandale a transformé le documentaire du réalisateur allemand en cas cinématographique de la Berlinale. Cyril Tuschi a fait preuve d’un grand engagement et de courage pour raconter une telle histoire sur un pays comme la Russie, où le métier de journaliste peut se révéler fatal.

Ayant coûté 400’000 Euros,  le documentaire Khodorkovsky a subit une longue gestation. Il a fallu 5 ans de travail pour permettre à Cyril Tuschi de rassembler tout le matériel. Khodorkovsky est l’histoire de l’oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski, le plus célèbre prisonnier russe. Il nous raconte son ascension économique dans les chaotiques années ’90, jusqu’à devenir le plus jeune riche au monde. La compagnie pétrolière de Khodorkovski, la Yukos, était le plus grand employeur de Russie. Khodorkovski avait profité sans trop de scrupules de l’ouverture au capitalisme après la chute du Mur de Berlin, devenant ainsi le plus influent membre de la nouvelle oligarchie russe. Mais il avait aussi cherché à rendre transparente la gestion de son entreprise selon les standards occidentaux et avait fondé en 2003 OPEN RUSSIA. Cette fondation avait comme but celui de répandre les idéaux démocratiques européens. Et c’est ici que les problèmes commencent.

Si dans les années ’90 les oligarques contrôlaient le gouvernement, avec l’arrivée de Poutine les équilibres changent. Les oligarques sont gentiment invités à ne pas se mêler avec la politique. En échange, Poutine aurait fermé les yeux sur les manières souvent illicites avec lesquelles les oligarques s’étaient enrichis pendant les années ‘90. Khodorkovski soutenait l’opposition et visait probablement à devenir le nouveau président. Ses ambitions sont donc trop grandes et le face à face avec Poutine se révèle fatal. Il sera arrêté à l’aéroport de Novosibirsk  en 2003 sous accusation de fraude fiscale. Condamné à la peine maximale, Khodorkovski est, encore aujourd’hui, sujet à de nouveaux procès.

Cyril Tuschi nous peint un portrait de l’ex-magnat du pétrole à l’aide d’interview, de vidéos d’archives et d’intéressantes reconstructions dessinées. Le documentaire est très varié et mélange plusieurs registres. Tuschi a mené des interviews à Londres, Moscou, New York, Tel Aviv, en Sibérie et en Allemagne. Les reconstructions dessinées à l’ordinateur, avec un blanc et noir stylisé et ressemblant à un jeu vidéo, permettent au réalisateur allemand de montrer ce que la caméra n’aurait jamais pu montrer, mais lui donnent aussi la possibilité de créer des métaphores visuelles. Le film devient aussi une auto-réflexion sur les difficultés du travail de journaliste dans un pays comme la Russie.

La question certainement plus intrigante qui nous accompagne tout au long du film est la suivante : pourquoi Khodorkovski  est-il rentré en Russie en 2003, au lieu de rester aux Etats-Unis, tout en sachant qu’il aurait été arrêté ? La réponse est potentiellement bouleversante et vous resterez surement fascinés par l’aura émanée par Khodorkovski, un homme qui fera certainement encore parler de lui. Peut-être bien en devenant le prochain président russe…

Un film à voir, parce qu’il y a des gens qui on eu le courage et la passion de le faire.

Sebastiano

KHODORKOVSKY

de                          Cyril Tuschi

distribution :      Happiness distribution

sortie :                 12/11/11

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