Il est vrai qu’il est un peu tôt pour le dire, mais c’est presque sûr que, lorsqu’il sera le moment de rédiger une liste des plus mauvais films de l’année 2012, « Project X » figurera parmi les cinq premiers, voire à la première place. En fait, c’est déjà trop de dire que « Project X » est un film: pour emprunter les mots de Roger Ebert (même si lui parlait d’un autre long-métrage, sorti il y a une vingtaine d’années), c’est ce qui s’approche le plus du rien absolu et arrive quand même à avoir quelque chose à montrer à l’écran. Un exemple très triste d’anti-cinéma (en l’occurrence américain, mais valable aussi pour le Septième Art en général).

Le récit (si on peut le définir comme tel) est dévoilé sous forme de faux documentaire, suivant l’exemple de films d’horreur comme « Le projet Blair Witch » ou « Paranormal Activity », ou même le récent film de SF « Chronicle ». Or, « Project X » ne s’inscrit ni dans l’un ni dans l’autre de ces deux genres, car il s’agit – ou du moins, c’est que nous fait croire le synopsis – d’une comédie. En gros: deux potes, Costa (Oliver Cooper) et JB (Jonathan Daniel Brown), sont en train d’organiser une petite fête pour les dix-sept ans de leur ami Thomas (Thomas Mann), dont les parents sont absents pendant le week-end. Puisque Thomas n’est pas assez cool, Costa décide de transformer la soirée en événement « épique », dans le but d’attirer le plus grand nombre possible d’invités, surtout si c’est des filles. Le résultat final est tellement hors de contrôle que le film commence avec le texte « Nous nous excusons avec les habitants de Pasadena, Californie, pour ce qui s’est passé. »

Hélas, un message pareil ne suffit pas, parce que les vraies victimes de « Project X » ne sont pas les voisins des personnages, mais plutôt les spectateurs qui, s’attendant probablement à quelque chose dans le même ordre de « Very Bad Trip » (dont le réalisateur Todd Phillips figure parmi les producteurs, avec le vétéran des films d’action Joel Silver) ou « American Pie », se retrouveront face à un produit gratuitement vulgaire, offensif, misogyne, sans aucun moment même vaguement amusant. Or, il est vrai que les caractéristiques négatives qu’on vient de mentionner font partie de la comédie américaine récente, mais dans la plupart des cas les personnages sont assez sympathiques pour justifier un ou deux moments excessifs. « Project X », par contre, est un concentré de mauvais clichés et dépourvu de toute humanité: les garçons sont tous des cochons qui ne pensent qu’à l’alcool et au sexe, les filles sont toutes des – excusez le mot – garces qui se déshabillent avec le moindre prétexte, et tout comportement extrême (y compris renfermer un nain dans un four) est complètement acceptable.

Cela est-il l’image que le cinéma (américain, mais pas seulement) est censé transmettre de la jeunesse d’aujourd’hui? Bien sûr que non. Malheureusement, le public moyen semble apprécier ce genre d’idiotie: en deux semaines, le film, qui a couté 12 millions de dollars, a déjà gagné 40 millions au box office USA, et une suite semble inévitable. Triste époque…

Project X

De Nima Nourizadeh

Avec Thomas Mann, Oliver Cooper, Jonathan Daniel Brown

Distribution: Warner

Sortie le 14/03/12

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