Lorsqu’on a vu ce film au Festival de Berlin, dans la compétition officielle, la presse internationale était quasiment unanime en disant que le jury, présidé par Mike Leigh, n’ignorerait pas cette co-production franco-suisse qui ressemble beaucoup, à certains égards, à l’œuvre du cinéaste anglais. Et voilà que, lors de la cérémonie de clôture, Leigh annonce que « L’enfant d’en haut » (qui sort aujourd’hui en salle après des avant-premières à Genève et Lausanne, notamment au Capitole) avait obtenu une mention spéciale de la part du jury. C’est-à-dire: ils ont aimé le film, mais apparemment pas assez pour l’inclure dans le palmarès à proprement parler. La réalisatrice Ursula Meier semblait aussi, au départ, partager notre sentiment de déception (si on considère la qualité de certains autres films primés), mais a ensuite déclaré que le prix en question était tout à fait logique: une petite mention pour un petit film.

Cette phrase sur la taille du film se réfère non seulement à son budget ou à ses décors limités (une station de ski dans le canton du Valais), mais surtout au récit, moins ambitieux et insolite si on fait la comparaison avec le précédent long-métrage de la cinéaste, « Home »: pas de maison près d’une autoroute, juste un frère (Kacey Mottet Klein, déjà vu justement dans « Home », ainsi que « Gainsbourg (Vie héroïque) ») et une sœur (Léa Seydoux) qui essaient de survivre pendant la saison hivernale: elle travaille comme femme de ménage, lui vole tout ce qu’il arrive à trouver sur les pistes et le revend, d’abord tout seul, puis avec des complices (dont un joué par l’acteur écossais Martin Compston, qui, il y a dix ans, incarnait un adolescent troublé dans le très beau « Sweet Sixteen » de Ken Loach). Mais que se passe-t-il vraiment dans cette famille?

A partir de cette prémisse simple, Ursula Meier construit un bon portrait humain, en faisant en sorte que le développement psychologique des personnages compense certains défauts du scénario (surtout une fin pas tout à fait satisfaisante, ce qui d’ailleurs avait aussi posé problème dans « Home »). Le gros de l’attention porte sur l’interaction entre le petit Kacey Mottet Klein et sa « sister » Léa Seydoux, et la chimie visible entre eux rend le récit très tendre et passionnant. Si on ajoute le magnifique paysage hivernal helvétique et la participation exceptionnelle (dans tous les sens du terme) de Gillian Anderson, pour laquelle « X-Files » n’est plus qu’un bon souvenir du passé, on peut dire que ce petit film, si suisse et pourtant très universel, ne devrait pas passer inaperçu. Même si ça a failli être le cas avec le palmarès de la Berlinale…

L’enfant d’en haut

De Ursula Meier

Avec Kacey Mottet Klein, Léa Seydoux, Martin Compston, Gillian Anderson

Distribution: Filmcoopi

Sortie le 04/04/12

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