Wreck it Ralph 3D

INSERT COIN : «  Ah les bonnes vieilles salles d’arcade ! Un mélange subtil de néons aux couleurs aveuglantes, de sol collant où l’on distingue entre les restes de pop-corn et de soda renversé, la sueur des acharnés du joystick, et surtout un tapis sonore assourdissant, recelant des onomatopées les plus colorées. Au milieu de ces effluves, les madeleines de Proust ne sont plus très loin. Les souvenirs d’un après-midi d’enfance, à passer de borne en borne à s’éreinter la pupille devant chaque écran en quête de high-scores, reviennent alors plus rapidement encore qu’un Sonic lancé à la poursuite du Dr Robotnik.

Et c’est bien cet effet que vous procurera  Wreck-It Ralph ! Un bol d’air frais et digital, pour se replonger dans les jeux de notre enfance. Une époque où rien n’aurait été plus beau que de se retrouver dans la peau de notre personnage favori: avoir la classe d’un Ryu en plein “Shoryuken !“, d’une Samus Aran se débarrassant une fois pour toute de « Motherbrain » ou encore d’un plombier italien moustachu recevant les éloges de la princesse. Finalement, quoi de plus humain que de vouloir être un héros, au moins une fois ? Pourtant, selon Walt Disney et Rich Moore (réalisateur), nous ne sommes pas les seuls à chérir ce souhait ; les méchants de jeux vidéo aussi ! Enfin, un, pour être précis : Wreck-It Ralph (VO par John C. Reilly, qu’on a récemment vu dans l’excellent Carnage de Polansky ) qui prête donc son nom à ce nouveau film d’animation.

Ralph, sous ses airs Donkey Kongesque, représente l’antihéros parfait. Plus large que grand, pataud au possible, il tient un rôle ingrat dans un jeu vidéo fictif… ersatz du premier jeu d’arcade « Donkey Kong » ! En effet, il n’a pour but que de casser un immeuble, qui sera irrémédiablement réparé par le brave et aimé de tous : « Félix Fix-It ». Mais notre géant se révèle avoir plus de sentiment que ce que l’on pourrait croire de prime à bord et supporte de plus en plus mal son statut de méchant, qui le déprécie aux yeux des autres personnages. Lui aussi aimerait être apprécié par ses compères pixelisés.  Malheureusement les étiquettes ont la vie dure dans le monde des champignons magiques et des hérissons bleutés. Au cours d’une sorte de réunion pour alcooliques anonymes, version Bad guy vidéo ludique, Mr. Bison, Diablo et autres Bowser lui font comprendre qu’il ne peut changer sa vraie nature, c’est un méchant, point final. Qu’à cela ne tienne, Ralph part à la conquête du titre qui pourrait changer sa vie, celui de gentil. Ne vous y méprenez pas, Rich Moore,  ne fait que jouer avec le manichéisme inhérent à bon nombre de jeux vidéo d’aujourd’hui et d’hier. Comme le démontre l’hilarant crédo concluant la réunion.

Mais le réalisateur profite surtout des premières 45 minutes, pour nous offrir d’innombrables  caméos (apparitions succinctes de  « guest-star ») et autres savoureux clins d’œil à cet univers si particulier. Alors que les plus jeunes riront gaiement des gamelles de notre gentil méchant, un brin maladroit, les plus grands auront à peine le temps d’apercevoir  « Sonic », « Frogger », » Sun-li », « Pac-man », « Tapper », « Blanka », (… « Skrillex »…), pour les plus évidents, que les subtils tags de « Leeroy Jenkins » et « Aerith », ou le point d’exclamation signature de la série des « Metal Gear » auront déjà défilé sous l’air ébahi des plus attentifs et légèrement geeks, avouons-le, d’entre nous.

Après cette riche introduction Wreck-It Ralph atteint son rythme de croisière : Projeté dans l’univers du jeux « Sugar Rush », un Mario Kart à la sauce charlotte au fraise qui ferait succomber plus d’un diabétique, notre géant croise la route de Vanellope. Une fillette qui souhaiterait participer au course de kart, mais qui se retrouve rejetée par ses pairs n’étant pas tout à fait comme les autres… et pour cause, c’est un glitch ! (Terme couramment utilisé dans l’univers du jeu vidéo pour désigner un élément ne se comportant pas de façon habituel. Traversant les murs, par exemple). Forcé par les circonstances à s’allier pour gagner une compétition, ils finissent par se lier d’amitié. Évidemment la trame scénaristique tient sur un post-it, comme la plupart des productions numériques signées de la patte du studio aux grandes oreilles de Burbank (Californie). Mais la plus grande réussite du film, plus encore que la finesse de ses références, là où ils se différencie diamétralement de la moyenne, c’est l’humanité qui se dégage des personnages. Tous autant qu’ils sont, nous paraissent des plus sympathiques et attachants. Ralph le géant au cœur tendre, Calhoun la guerrière pas si stoïque que ça au passé troublé (Très bien doublé par Jane Lynch, aperçu auparavant en tyrannique coach de cheerleaders anti-choriste dans la série Glee ), mais c’est surtout Vanellope, qui nous charmera sous ses airs de gentille petite fille cachant un caractère bien trempé et un sens rhétorique aiguisé. Vous rêviez  d’un jeune personnage féminin d’une production Walt-Disney que l’on a pas envie d’étrangler à la seconde où elle commence à glousser ? C’est chose faite. En témoigne cette scène de fin de film, où habillée en princesse elle ordonne l’exécution des autres concurrentes avant de se raviser, satisfaite de sa blague, et d’échanger sa robe bouffante pour son jean / jacket habituel.

Ne soyons néanmoins pas trop dithyrambique. La bande-son à base de tubes R&B, Pop édulcoré, et même Dubstep fera grincer des dents les accros de la manette les plus mélomanes, qui auraient sûrement apprécié quelques remix de leurs thèmes 8-bits favoris. Tandis que d’autres fermeront d’urgence leurs yeux à la vue d’un certain « Roi-Candy » et son caractère design absolument risible. L’aspect visuel général restera quant à lui au jugement de tout un chacun. Pour autant, on ne peut s’empêcher de penser que les images de synthèse, parfois si froides et impersonnelles, qui ont tendance à plomber des productions entières dans la banalité, trouvent ici une cohérence rare et donc précieuse. Autant les couleurs flashy que la 3D nous immergent un peu plus dans le monde des jeux vidéo, et forcément dans celui du film.

On ne saurait trouver un juste titre à Wreck-It Ralph. Meilleur film d’animation par ordinateur de Walt-Disney ?  Meilleure adaptation cinématographique du microcosme vidéo ludique à ce jour ? Finalement ce qui compte,  c’est d’avoir devant nous un film drôle, touchant, et intelligent pour qui saura y prêter suffisamment d’attention. Autrement dit, une franche réussite de la part de Walt-Disney Studio. Savourez ça ne risque pas de revenir de sitôt… »

GAME OVER. INSERT COIN.

PS : N’arrivez pas en retard à la séance. En introduction vous sera proposé une charmante animation, comme sait si bien le faire nos amis de chez Pixar, en hommage au jeu « Paper Boy » et finalement au retro Gaming en général.

PS2 : ne repartez pas trop vite non plus. Le générique est une pépite pour Fan-Boy qui se déguste avec passion.

 

« Wreck-It Ralph »

De Rich Moore

Avec  John C. Reilly, Sarah Silverman, Jack McBrayer, Jane Lynch, Adam Carolla, Alan tudyk.

Distribution: Walt Disney Pictures

Sortie le 05 décembre 2012

Leave a Reply