To The Wonder (À la merveille)

 to-the-wonder-new-international-poster6 films en quarante ans de carrière, c’est peu. Un rythme de sénateur qui ferait passer Stanley Kubric pour la gâchette la plus rapide d’Hollywood. Pourtant, au même titre que le New-Yorkais, Terrence Malick fait partit de ces réalisateurs que l’on attend au tournant. Un petit groupe fermé de visionnaires qui auront marqué par leur originalité et la diversité des genres qu’ils pouvaient aborder. Badlands (1973), Days of Heaven (1978), puis The Thin Red Line (1998), imposeront un style reconnaissable entre tous, et le couronneront de ses premies succès. Mais Malick c’est aussi une aura de mystère qui entoure l’homme depuis ses débuts. Jamais il ne participera à la promotion de ses longs métrage; ni photo, ni conférence ou même interview. À tel point que nous ne somme pas tout à fait sûr de son lieu de naissance (!) .

Bref, autant d’élément qui renforce l’attente à chaque annonce d’un nouveau projet. Surtout depuis l’épuisante cosmogonie de The Tree of Life (2011), qui malgré les louanges du jury cannois, peina à convaincre de sa puissance émotionnelle. Ça tombe bien, le réalisateur n’aura pas attendu une nouvelle décennie pour essayer de se racheter. En réalité, il avait déjà  bouclé le tournage de son dernier long-métrage, un certain To The Wonder, avant même que le précédent ne soit projeté sur nos écrans. C’est donc avec une attente haute perchée que l’on plonge à nouveaux dans cet univers si particuliers.

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Le synopsis est dès plus simple: Neil (Ben Affleck) tombé amoureux à Paris de Marina (Olga Kurylenko) une mère célibataire accompagnée de sa fille Anna (Romina Mondello), décide de revenir sur ses terres natales en Oklahoma avec sa nouvelle famille. Il y retrouve Jane (Rachel McAdams) une amie d’enfance… Malheureusement cette introduction est également à elle seule le résumé parfait d’un “scénario Post-It”: Un homme qui balance entre deux femmes. C’est tout. Et ce pendant 2 heures… un manque de substance qui réduit à néant les ambitions de To The Wonder. L’histoire se déroulant alors inlassablement sous notre indifférence la plus totale.

Les personnages n’étant pourvu d’aucune motivation, ils deviennent vite inintéressants (au point où l’on n’arrive même pas à se souvenir de leur prénom, la projection terminée…) et l’on finit par avoir du mal à être saisie d’empathie. Ce qui représente un soucis majeur pour une œuvre qui ce veut vecteur de grandes émotions. D’autant plus que la performance d’ensemble du casting laisse à désirer, même s’il est difficile de dire qui des acteurs ou du metteur en scène est le fautif. Exemple parfait, Javier Bardem, dans le rôle du pasteur de la paroisse, n’est pas crédible un seul instant et donne même plutôt envie de rire un bon coup, tant ses scènes sont en décalage avec le reste du film. Enfin, mention honorable à Ben Affleck, plus transparent que jamais, qui récite au grand maximum 4 lignes. Dont une pour commander à manger au Drive-in.

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“Javier Bardem se demandant ce qu’il fait ici”

Côté réalisation, Malick n’a pu s’empêcher de retomber dans les mêmes travers qui plombaient déjà The Tree of Life, en intercalant plus que de raisons des plans inutiles: des personnages passent leurs temps à toucher tout ce qui est à leur portée (eaux, blés, boues, cailloux, herbes…) des champs baignent dans la lumière du couché de soleil, des bras s’élèvent vers le ciel, des peaux se frottent intimement, Olga Kurylenko danse pour la énième fois de façon naïve et infantile autour d’un Ben Affleck stoïque. Sans oublier, bien évidemment, un troupeau de bison, quelques vaches cornues et une tortue sous-marine…

Alors oui, tout ces plans sont plus beau les uns que les autres et nul doute que sorti plus tôt dans l’année, l’équipe de tournage seraient reparti avec une douzaine d’Oscars techniques sous les bras. Malheureusement, leur manque de fondement narratif, voir leur absurdité totale, nous empêche de nous émerveiller devant des paysages pourtant somptueux. Pire, la lourdeur des images et appuyé par une voix-off abrutissante (Principalement Olga Kurylenko dans un français approximatif), déblatérant à longueur de temps des généralités prétentieuses sur la vie et l’amour, que n’auraient pas renier certains sketchs des inconnus de la grande époque. On en rigolerait bien, si seulement les textes n’avaient pas été rédigé au premier degré.

To-The-Wonder-Trailer8Deuxième long-métrage de la décennie pour Terrence Malick et la lente descente aux enfers continue. À mi-chemin entre une adaptation de La philosophie pour les nuls et un documentaire National Geographic sur le Midwest américain, il recherche à nouveau une transcendance lyrique sans jamais l’atteindre. Embourbé dans une élégie lourdingue et une imagerie dénué de but narratif, qui sonne bien creuse. Peut-être que certains sauront être touché par le questionnement autour de l’amour terrestre et divin, tandis que d’autres apprécieront les éléments de réflexions religieux. Pour le reste d’entre nous, il vaut mieux passer son chemin.

“To The Wonder”

De Terrence Malick

Avec Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams, Javier Bardem et Romina Mondello

Distribution: Metropolitan FilmExport

Sortie: mercredi 13 mars 2013