Mohamed Dubois

Arnaud Dubois (Eric Judor) pense avoir été adopté. Et pour cause, ses riches parents parisiens ne lui ressemblent pas. Il se tourne alors vers ce qu’il croit être ses origines : la communauté arabe. Pour ne pas éveiller les soupçons de ses nouveaux amis, Arnaud choisit un nom d’emprunt : Mohamed. Avec ce premier mensonge, il déclenche une multitude d’événements dont il ne maîtrise pas les tenants et aboutissants…

mohamed-dubois-2

Après avoir notamment réalisé en 2008 en attendant demain histoire retraçant le parcours de trois jeunes de banlieue, Ernesto Ona s’intéresse à nouveau aux minorités pointées du doigt comme étant « la source de la criminalité en France ». En effet, les clichés vont bon train au sujet des arabes et plus généralement des quartiers de banlieue. L’arabe illettré, magouilleur et égorgeur de moutons dans sa cave reste malheureusement un stéréotype duquel une part de la population n’arrive pas à ce détacher. Le pari d’Ona consiste justement à briser ses a priori grâce à la comédie. Il confronte l’univers mondain de la banque Berthier au kebab de quartier sympa où commence à travailler Arnaud, afin de montrer la profonde humanité et les valeurs des couches sociales les plus pauvres. Malheureusement, la légèreté du ton (habituel dans la comédie) rend difficile (voir impossible) une véritable critique sociale. Ainsi, en nous présentant tout le monde comme étant gentils et généreux, on contourne les problèmes réels que traversent les banlieues ces dernières années. Le cinéma montre soit l’aspect tragique de la situation sociale de ces milieux défavorisés avec des films comme La Haine, ou au contraire, choisit le ton de la comédie, ce qui balaie toute forme de réflexion sur la crise sociale des banlieues. mohamed

Passons maintenant au film à proprement parler. Mohamed Dubois se construit sur un système extrêmement élaboré de quiproquo. En effet, l’écriture très fine permet aux incompréhensions de s’accumuler comme un château de cartes. Ainsi, d’un mensonge, somme toute, banal sur son identité, on débouche sur la croyance qu’Arnaud/Mohamed est un caïd de la drogue à Marseille. Le scénario fourmillant de scènes cocasses permet au talent d’Eric Judor de s’épanouir pleinement. L’acteur, que l’on a l’habitude de rattacher à son compagnon de toujours Ramzy, a commencé à voler en solo avec son excellente série Platane produite par Canal +. Même si je dois admettre avoir beaucoup ri devant Mohamed Dubois, j’ai parfois l’impression qu’Eric ne parvient pas vraiment à se détacher de son rôle de prédilection : l’imbécile attachant qui se met dans des situations impossibles. En effet, le looser dans la série Platane rappelle par ses gaffes à répétitions le personnage d’Arnaud Dubois.

Pour conclure, Mohamed Dubois, sans vraiment faire exploser la baraque, reste un film honnête qui ne se prend pas pour autre chose qu’une simple comédie divertissante réunissant un casting presque exclusivement d’acteurs « beurs ». Malgré quelques longueurs, on s’amuse bien devant ce film.

Réalisateur : Ernesto Ona

Acteurs : Eric Judor, Youssef Hajdi, Sabrina Ouazani, etc…

Sortie en salle : 1er mai

Distribution : Wild Bunch distribution