13ème édition du festival BD-fil à Lausanne

Le festival Bd-fil s’est tenu du 13 au 16 septembre sur la place de la Riponne et dans ses alentours directs. En effet, l’événement culturel se compose d’une dizaine d’expositions, d’un cycle de conférences sur le monde de la bande dessinée et son avenir, de quatre programmes de courts métrages d’animation et de plusieurs documentaires, d’activités nocturnes et délurées, ainsi que sa fameuse « grande tente » où les vendeurs de BD d’occasion côtoient les dessinateurs et les scénaristes. Durant ces quatre jours, les auteurs de bandes dessinées se succèdent sous les bâches plastiques de la « grande tente », tandis que les visiteurs se pressent dans l’espoir d’obtenir une dédicace. Cette année, près de 70 auteurs suisses, français, belges ou d’ailleurs ont répondu présent à l’invitation du festival. On dénombre des grands noms de la bande dessinée comme Marini, invité d’honneur du festival, Rosinski, dessinateur de la série culte Thorgal dont une exposition retrace d’ailleurs les multiples péripéties ou encore Lewis Trondheim, grand habitué du festival Bd-fil et auteur émérite des Fabuleuses aventures de Lapinot (entre autres choses). Certains auteurs très renommés ne dédicacent qu’un nombre restreint de livre, ce qui contraint les organisateurs à procéder à des tirages au sort, qui finissent parfois dans les larmes des plus jeunes recalés. On reconnaît d’ailleurs bien vite l’habitué dans une file d’attente, armé d’un sandwich et d’un tabouret, du simple badaud qui s’étonne de devoir attendre plus de 20 minutes pour recevoir le précieux dessin de l’auteur.

lottoSCAN 3“Une dédicace de Lewis Trondheim et Brigitte Findakly obtenue après une heure d’attente”.

Cependant, il ne faudrait pas penser que le festival ne se résume qu’à cela. Bien au contraire, les dédicaces, même si elles attirent du monde au festival, restent anecdotiques en comparaison des nombreuses et passionnantes expositions proposées, qui se concentrent dans l’espace Arlaud et dans le bâtiment « Romandie » spécialement aménagé pour l’occasion.

Dans l’espace Arlaud où toutes les expositions durent jusqu’au 6 octobre, le visiteur se retrouve confronté à trois embranchement le menant dans 3 lieux distincts. Il découvre deux univers particulièrement épiques et fantastiques celui du monde de Thorgal : véritable monument de la bd d’héroïc fantasy et celui de l’auteur Enirco Marini à qui l’on doit les séries Rapaces, Le scorpion et récemment Les aigles de Rome. L’exposition « inspirations-conspirations » retrace le parcours complet de Marini, de ses premières planches d’adolescent  à son succès international avec notamment Le scorpion qui est encore à l’heure actuelle une des bd les plus éditées (dans le monde francophone). En déambulant parmi les 80 planches originales, on découvre un dessinateur talentueux si ce n’est génial qui a su donner une suavité, un érotisme à toutes ses œuvres. Marini s’inspire librement des monuments du manga japonais, comme Akira ou Nausicaa, ou français pour se créer un monde très personnel emprunt de sexe et de violence. La seconde exposition intitulée « Les univers de Thorgal » rassemble les travaux initiaux de Grzegorz Rosinski et Jan Van Hamme et les nouveaux arrivants Giulio de Vita et Roman Surzhenko. Le premier duo a publié les 29 premiers tomes de Thorgal, la désormais série culte d’héroïc fantasy, avant que le scénariste Jean van Hamme décide de laisser la main à Yves Sente. Par la suite, des cycles annexes sont venus se greffer à l’histoire du héros principal dans un but d’expliquer les zones d’ombre laissées dans la saga (ou plus simplement dans une visée commerciale). Les nouveaux dessinateurs De Vita et Surzhenki aidés par les scénaristes Sente et Yann reprennent donc un monde préexistant, ce qui semble plaire aux fans. En effet, les queues pour les dédicaces ont été impressionnantes tant pour De Vita que pour Surzhenko. « Les univers de Thorgal » explique les débuts de la saga grâce à une correspondance entre Rosinski et Van Hamme où l’on apprend notamment que Thorgal devait s’appeler Ragnar et qu’Aaricia (la femme de Thorgal et figure emblématique de cette bande dessinée) n’est d’abord décrit par le scénariste que comme « le personnage le moins important, blonde, courageuse ». Dans une pièce, on peut admirer les tableaux peints par Rosinski, qui prouve encore ici le génie brut qu’il possède. Si vous aimez l’univers de Thorgal, vous allez adorer cette petite chambre qui regorge de merveilles comme un tableau représentant Slive morte dans les bras du héros (image tirée de L’île des mers gelées). On peut également découvrir la couverture et quelques planches du prochain Thorgal : Kah-Aniel dont l’intrigue se passant dans le désert se ressert sur le fils de Thorgal et de Kris de Valnor.

thorgg  “Le dernier tome de Thorgal : Kah-Aniel”.

Dans un registre bien différent, la troisième porte donne sur l’exposition « White Cube » du hollandais Brecht Vandenbroucke permet une réflexion sur les frontières du monde de la BD. En effet, les planches de l’auteur mélangent les univers des beaux arts et celui de la bande dessinée avec un humour décapant. Grâce à un système complexe de références, l’auteur crée avec ses deux héros roses, véritables esthètes d’art sans traits distinctifs, une ambiance très particulière où l’humour noir prédomine.

En outre, la diversité du festival se vérifie également avec son espace « Ciné-fil » où l’on peut assister à quatre sélections de courts métrages dont un condensé du festival d’Annecy. Les films projetés ont tous un lien direct avec le dessin, que cela soit un film d’animation comme les courts métrages ou un documentaire portant sur la BD comme Sex in the comix ou encore Spirou l’aventure humoristique.

En bref, le festival Bd-fil constitue une Mecque pour tous les amateurs de bande dessinée en recherche d’une dédicace. Pour ma part, je ne conseille cet arrêt qu’aux plus aguerris d’entre vous, car les expositions suffisent largement au bonheur du visiteur moins averti. Les expositions à l’espace Arlaud se découvrent encore jusqu’au 6 octobre. Ne les ratez surtout pas !