LUFF : the widower

Le LUFF a débuté mercredi dans une salle Paderewski presque comble avec Bad film. Les hostilités continuent jusqu’à dimanche minuit pour les plus hardis.

Dans le cadre d’une carte blanche à l’artiste Jello Biafra, véritable figure emblématique du mouvement punk aux USA, musicien underground et activiste politique, le festival proposait un film assez plutôt bizarre et diablement comique : The widower. Tourné à Vancouver en 16 mm par Marcus Rodgers en 1999, le film bénéficiait d’un budget plus que réduit. En effet, la qualité de l’image et des maquillages laisse quelque peu à désirer, mais elle a également obligé l’équipe de tournage à trouver mille et une astuces afin produire un objet attrayant.

Le héros principal, Milton Smythe, se résout à se rendre chez les pompes funèbres pour signaler la mort accidentelle de sa femme bien-aimée. Sa rencontre avec les employés de l’établissement le dissuade rapidement ; incapable de se séparer de sa femme, il décide de continuer à vivre avec elle. Il la nourrit, la lave, la maquille et lui parle sans relâche, tout en s’imaginant les dialogues qu’il tiendrait avec elle. Malheureusement, une propriétaire incommodée par l’odeur et une voisine indiscrète viennent briser le « bonheur » des époux Smythe.

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Malgré une qualité d’image exécrable, des moments dignes des plus beaux nanars, une narration souvent tortueuse, The widower mérite d’être vu. En effet, l’histoire de ce mari maladroit refusant de laisser partir sa femme interroge vraiment les concepts de séparation et de perte d’un être aimé. Milton, de confession catholique, est comparé à de nombreuses reprises au Christ par la souffrance qu’il éprouve dans une société qui ne l’accepte pas. Sa femme constitue le seul remède à sa marginalisation sociale, mais quand cette dernière vient à mourir, il se retrouve confronté à ses vieux démons. Le refus d’accepter la mort de sa femme s’explique donc autant par l’amour magnifique qu’il lui porte que par sa lâcheté à affronter le monde sans elle.

Le film aborde en outre les thèmes du voyeurisme et de l’incompétence policière de manière beaucoup plus légère. Le premier est symbolisé par une vieille voisine armée d’une jumelle et d’un appareil photo dernier cri, qui refuse de reconnaître ses torts en toute situation. Le second est personnifié par deux flics plus bêtes que méchants, qui accumulent les gaffes durant tout le film.

The widower réunit un casting très intéressant bien que complètement inconnu aujourd’hui. Seul le nom de Jello Biafra, qui assume ici les rôles de Satan et d’un employé des pompes funèbres absolument déjanté, sonne familièrement à notre oreille. Mais cette ignorance constitue tout le charme des films du LUFF : ainsi, l’on se déplace pour voir des objets cinématographiques complètement déconnectés de notre champ de connaissance habituelle. Cependant, notre méconnaissance peut également nous conduire dans une salle d’où nous sortirions irrémédiablement dégoûté. Le LUFF reste une loterie pour un néophyte, mais c’est ce qui fait tout son charme ! Fort heureusement, The widower fut une excellente surprise ; drôle, parfois touchant, ce film assez court (79 minutes) nous entraîne dans un univers foireux et décalé.widower2

En bref, malgré (ou grâce à) des défauts techniques, des erreurs scénaristiques et des acteurs approximatifs, The widower permet de découvrir un cinéma alternatif et de passer un excellent moment. Le film repasse dimanche à 20h15 au Zinéma 2. N’hésitez pas !