La Vénus à La Fourrure

Entretien entre une demi-pute et un impuissant. 

La Vénus à La Fourrure, dernier film de Roman Polanski, huit-clos exemplaire et palpitant, nous offre une véritable réflexion sur le théâtre et une magnifique lutte perverse entre deux acteurs au sommet de leur art.

La séance débute avec un travelling lent et à l’allure surnaturelle sur une allée d’arbres balayés par une pluie battante. La caméra (subjective ?) se tourne ensuite pour nous laisser admirer un vieux théâtre miteux dont les portes semblent s’ouvrir comme par magie. A l’intérieur, le metteur en scène/adaptateur (Matthieu Amalric) de la pièce « La Vénus à La Fourrure » s’énerve au téléphone. Entre alors une actrice écervelée, faussement jeune et horriblement agaçante (Emmanuelle Seigner), dont le costume et le maquillage évoquent d’ailleurs plus la prostituée que la comédienne. Tels deux insectes, dont la boîte serait ce vieux bâtiment, les deux personnages se retrouvent pris au piège du film; pour notre plus grand plaisir.

Capture d’écran 2013-12-10 à 10.00.00Un jeu de séduction improbable se met en place

Une adaptation complexe et réussie

Roman Polanski, dont l’avant-dernière réalisation Carnage, également adapté d’un huit-clos, ne parvenait pas à réellement nous emballer, retrouve ici toute sa verve et son talent. Tiré de la pièce de l’américain David Ives s’inspirant elle-même du roman de Leopold von Sacher-Mascoch datant de 1870, La Vénus à La Fourrure propose un véritable duel à mort entre deux personnages. Ils ne se ressemblent en rien et pourtant, le monde du théâtre permet de les rassembler, de les révéler et de les torturer. L’œuvre du cinéaste polonais brasse un nombre considérable de références et concepts grâce à un récit haut en rebondissement et en humour. En bref, il s’agit  d’un jeu de pouvoir pervers, ayant comme toile de fond une sexualité déviante, où chaque protagoniste semble prêt à tout dominer l’autre.

Utilisation maximale du lieu

Une crainte naturelle se fait alors ressentir : voir une énième pièce de théâtre transposé au cinéma. Que le spectateur se rassure ! A aucun moment, nous ne remarquons que l’espace dans lequel se meut la caméra est restreint. En effet, la maîtrise technique de Polanski parvient même à nous donner une impression de dynamisme notamment grâce à une grande variation de plans, d’éclairage, mais surtout à une inventivité de chaque instant. Le gros sac peu pratiqueque porte difficilement Vanda  constitue notamment une source à accessoires sans fond, tout comme le décor de la scène qui se révèle riche et varié au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue.

Capture d’écran 2013-12-10 à 10.01.54La domination est au centre de l’intrigue

Une œuvre majeure, mais imparfaite

Le travail de Polanski offre une joute verbale allant crescendo entre deux grands acteurs, sans pour autant parvenir à insuffler un final aussi intense que l’on aurait pu le souhaiter. Les dialogues intelligents permettent la mise en place d’un engrenage très précis et presque imperceptible, ce qui produit un glissement très fin, mais  malheureusement trop régulier. L’alternance entre les moments de théâtre (la pièce) et ceux « réels» (le film) forment un ballet harmonieux, dont la délimitation se fait de façon nette au début avec la musique. Cependant, cette séparation devient rapidement poreuse, ce qui nous laisse dans une délicieuse incertitude. On peut bien sûr regretter quelques incohérences narratives. Par exemple, on conçoit difficilement que ce metteur en scène arrogant puisse accepter d’auditionner cette vieille tapineuse. Mais une fois le récit lancé, on ne peut qu’admirer la maîtrise du réalisateur dans la façon de dérouler le fil de son récit.

 La Vénus à La Fourrure parvient à être vraiment cinématographique sans pour autant renier ses appartenances au théâtre. L’intelligence des dialogues et la maîtrise technique de l’espace permettent de mettre en pleine lumière un couple d’acteur absolument génial. Un film intelligent et ambitieux que l’on ne saurait assez vous conseiller.