12 years a slave

Travail au noir.

Dans le nouveau film de Steve Mcqueen (qui n’a rien à voir avec l’acteur de Guet-apens) Twelve years a slave, le réalisateur retrouve son acteur fétiche Michael Fassbender déjà présent dans ces deux précédents films Hunger et Shame. Il s’agit cette fois-ci d’une odyssée d’une rare violence traitant de l’esclavagisme aux Etats-Unis durant le 19ème siècle. Un film choc, sans concession ni partis pris qui tantôt émerveille tantôt glace le sang.

12-years-of-not-fancy-diningD’homme libre…

Twelve years a slave raconte l’histoire (vraie) de Solomon Northup, homme noir et libre qui se fait enlever et vendre comme esclave avant d’être emmené dans un état du Sud. Il passera de patrons en patrons durant près de douze ans entre 1841 et 1853. Après son terrible clavaire, il écrira un livre dont les scénaristes se sont librement inspirés.

Autant vous dire qu’il ne s’agit pas d’une œuvre joyeuse à regarder en famille. En effet, le réalisateur prend le parti de montrer une violence animale et difficilement supportable durant les 2h14 du film. Cette violence peut être tant physique, séquences presque insoutenables des coups de fouets et de la pendaison, que verbal. On assiste à des scènes absurdes, dramatiques et pourtant vraisemblables comme celle où la maîtresse blanche explique calmement à sa nouvelle esclave que ce n’est pas si grave d’être séparée de ses enfants et qu’elle en fera d’autres. Steve Mcqueen parvient à insuffler une telle dose de réalité que l’on ressent une honte profonde en tant qu’être humain. Le lien avec l’Holocauste (point Godwin) arrive très naturellement à l’esprit avec la négation totale des sentiments, et pire encore, de l’humanité des noirs. Cependant, le film ne s’arrête pas à une dénonciation massive des pratiques des blancs; on représente souvent les noirs comme lâches, naïfs et corruptibles.

12years… à esclave dans un champ de coton.

C’est peut-être là que réside la faiblesse (mais aussi la force): dans son déchaînement de haine et de brutalité qui paraît néanmoins réaliste. On est tellement surpris par une violence qui se manifeste pleinement dans une des premières scènes dans laquelle le héros se fait lacérer le dos par une ceinture parce qu’il maintient qu’il est un homme libre, que l’on met en place un mécanisme de défense. On crée instinctivement une barrière entre les événements et ce qu’ils évoquent pour nous. Il semble que le réalisme desserve ici le ressenti de sentiments et d’émotions du spectateur, qui est obligé de se réfugier dans une bulle devant l’avalanche de malheurs arrivant au personnage. On ne parvient jamais à une pleine empathie pour Solomon Northup, car ce qui lui arrive semble tellement impossible, tellement horrible, tellement inhumain, que l’on préfère mettre une distance entre la douleur du personnage et nous.

Cette vérité criante nous parvient grâce à de superbes acteurs. Michael Fassbender, figure clé du cinéma de Mcqueen, campe avec génie un esclavagiste pervers, faillible et totalement égaré. La performance superbe et malsaine de Paul Dano ne va pas sans rappeler son rôle d’illuminé dans There will be blood laisse sans voix. Elle est néanmoins occultée par l’apparition de Chiwetel Ejiofor méconnaissable dans un rôle qui marquera sans doute un sommet dans sa carrière. En revanche, on baille un peu devant le sermon moralisateur de l’acteur / producteur Brad Pitt qui, tel Jean Gabin, rempile une nouvelle fois pour le rôle du gentil.

12years1Une relation ambivalente et perverse entre esclave et maître.

En résumé, 12 years a slave est un film puissant et terrifiant, car il nous montre avec une froideur extrême l’inhumanité dont peut faire preuve l’être humain s’il est couvert par le système. La précision presque chirurgicale des plans ne laisse que peu de répit aux spectateurs qui doit absorber et supporter l’information, mais qui pour ce faire se détache irrémédiablement des personnages (un film comme Vénus noire en est l’antithèse). Cependant, l’objectif est amplement atteint. En effet, le film produit une véritable réflexion sur le genre humain et hante nos esprits longtemps après la projection. Un coup de chapeau à Mr. Mcqueen qui parvient à réaliser un film dur et magistral.

Réalisateur : Steve Mcqueen

Acteurs : Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Paul Dano, Brad Pitt, etc…

Sortie : 22 janvier 2014

Distribution : Mars distribution