Recycling Lily

Un film Suisse !

Réalisé par le natif de Châtel-Saint-Denis Pierre Monnard, voilà de quoi nous rappeler qu’on peut aussi réaliser des comédie grand public en Suisse, et ça fait plutôt du bien. Pourtant, si le film rassemble nombre de clichés helvético-helvétiques, comme l’allusion à une certaine « Betty Bossi », ou encore l’art de collectionner les opercules de crème à café, il y a tout de même un air d’Amérique dans le petit monde banlieusard et coloré que met en scène le réalisateur. Heureusement, les nombreuses scènes tournées dans les jardins collectifs de la ville de Zürich nous rappellent que nous sommes bien en Suisse.

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C’est avant tout d’ordre et de propreté que l’on parle dans ce film, où l’on suit le personnage d’Hansjörg (Bruno Cathomas), inspecteur en chef de la voirie, grâce à qui la ville va bientôt recevoir le grand prix de la ville la plus propre de Suisse. Mais voilà que sévit un dangereux criminel qui dissémine des ordures aux quatre coins de la ville et qui s’avère rapidement être Emma (Luna Dutli dans son premier rôle au cinéma), une jeune fille un peu insolente qui n’est autre que la fille de Lily (Johanna Bantzer), une entasseuse compulsive qui vit seule dans un appartement poubelle. Or, c’est pour cette même Lily, la jolie serveuse du “Happy Burger”, que le cœur d’Hansjörg bat à la chamade, inconscient du terrible secret qu’elle tente tant bien que mal de dissimuler.

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Le cinéaste crée ici un véritable univers coloré et riche d’humour notamment grâce aux personnages qu’il met en scène. On s’y plonge avec le sourire et tout dans la réalisation nous incite à nous laisser entrainer dans cette histoire sans trop se poser de question. En effet, si l’on commence à trop s’interroger il est évident que le film répond à tous les standards narratifs d’une comédie Hollywoodienne, que les multiples rebondissements et le Happy end tonitruant sont entièrement attendus. Mais la réussite tient plutôt dans les personnages qu’on découvre généralement avec amusement, et toujours un peu de compassion. Dans ce merveilleux petit monde, ils ont tous leurs fragilités, leur petit jardin secret. En témoigne l’attachant « monsieur Denis » (Joué par Claude Blanc, l’inoubliable Ouin Ouin), le voisin romand qui tente désespérément d’apprendre le « Schwyzertüütsch » pour séduire sa voisine, qui n’est autre que la mère d’Hansjörg, celle-là même qui passe ses journées à trier ses « Rhamdeckeli » en regardant Derrick.

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La caméra est souvent de travers, peut-être un peu trop, mais ces cadrages atypiques et la cohérence visuelle très forte de l’univers que nous offre le réalisateur permettent néanmoins une immersion efficace dans cette petite Suisse un peu artificielle. Cette manière de recréer en partant des stéréotypes n’est pas sans rappeler le « petit Paris » mis en scène par Jean-Pierre Jeunet dans « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». On a plaisir à se moquer de nos propres défauts parce que justement ils sont mis en scène dans un univers dans lequel on ne se reconnait pas totalement. Ça nous ressemble, bien sûr, mais ça n’est pas vraiment nous. C’est peut-être là que tient la réussite comique du film. Sans doute eut-il été moins parodique si le réalisateur avait tenté de montrer la Suisse telle qu’elle est, et non telle qu’on se l’imagine.

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“Lorsque je suis parti 5 ans étudier en Angleterre, mon regard sur la Suisse s’est transformé. Chaque fois que je rentrais à la maison, des singularités helvétiques auxquelles je n’avais prêté aucune attention jusque-là s’imposaient à mon regard d’expatrié. Tout y était si parfait que j’avais parfois la sensation physique d’évoluer
au cœur d’une carte postale en mouvement.”

Réalisateur : Pierre Monnard

Sortie en Suisse Romande : 7 mai 2014

Avec : Brun Cathomas, Johanna Bantzer, Luna Dutli et Claude Blanc

Gaspard Vignon