Quand Au fond des bois a été présenté au dernier Festival de Locarno, dont il était le film d’ouverture, le directeur artistique Olivier Père a mis en garde les spectateurs par rapport à la présence de certaines scènes hot, qu’il a justifiées avec un raisonnement digne d’Aristote: « Le sexe fait partie de la vie, la vie fait partie du cinéma, donc le sexe fait partie du cinéma. » Cette phrase était particulièrement pertinente si on pense au contenu d’autres films projetés à Locarno cette année, notamment le pornographique L.A. Zombie en compétition, mais cela ne suffit pas pour défendre le dernier long-métrage de Benoît Jacquot, une œuvre qui au fond (pardonnez la blague) est assez gratuite et inutile.

L’histoire se déroule au sud de la France en 1865. Le jeune et mystérieux Timothée (Nahuel Pérez Biscayart) arrive dans un village rural et se laisse séduire par la beauté d’une femme nommée Joséphine (Isild Le Besco). Faisant semblant d’être sourd et muet, il se fait loger par le père (Bernard Rouquette) de Joséphine, utilise une sorte d’hypnose pour influencer la jeune femme et la viole avant de s’enfuir dans la forêt. Dégoûtée et fascinée en même temps, elle le suit et reste avec lui malgré le statut pervers de leur relation. Mais comment cela se passe-t-il?

C’est à cette question que le réalisateur essaye de répondre avec un récit qui met l’accent sur le rapport parallèle homme/femme et homme/nature, avec une image tout à fait magnifique du paysage français d’autres temps. Hélas, l’excellent travail visuel n’arrive pas à compenser un scénario défectueux qui, au bout d’une demi-heure environ, laisse tomber l’évolution narrative et cède la place à une structure tirée d’un porno, à savoir une succession de scènes plus ou moins explicites avec, entre l’une et l’autre, des dialogues qui laissent l’histoire dans le vide. En plus, le jeu des acteurs n’est pas sans problème non plus, à moins que le but des gros plans « dramatiques » de Le Besco en version « possédée » soit de nous faire rire, ce qui, comme le reste du film d’ailleurs, est très douteux.

Au fond des bois

De Benoît Jacquot

Avec Isild Le Besco, Nahuel Pérez Biscayart, Bernard Rouquette

Distribution: Agora

Sortie le 27/10/10