« Balada Triste de Trompeta » raconte l’histoire de Javier qui, en suivant le conseil de son père clown emprisonné par les franquistes pendant la guerre civile espagnole (1936-39), devient un clown triste. Il est ensuite engagé par un cirque où il rencontre la belle trapéziste Natalia et, comme Dieu le commande, tombe amoureux d’elle. L’amour à l’égard de Natalia est difficile car son méchant copain, Sergio le clown heureux, découvre la pulsion de Javier. Ainsi, une bataille entre les deux clowns commence…

Iglesia suit le parcours de Tarantino, dans le récent « Inglourious Basterds », en faisant la version « pulp » d’une partie de l’histoire espagnole et du cirque afin de créer le « cult ». Le prix pour la mise en scène à Venise de la part du « clan Tarantino » − pour rappeler la presse italienne – est significatif en ce sens.

Le groupe du cirque et l’événement des deux clowns – triste et heureux – nous rappellent alors « La Strada » (1954) de Federico Fellini. Comme Fellini, Iglesia tient à souligner comment le rire est souvent un masque pour cacher les larmes ou la méchanceté − un masque qui, en faisant le lien avec les visages des deux clowns, devient très évident vers la fin du long-métrage. En outre, toujours comme Fellini, Iglesia raconte comment les protagonistes sont liés par le destin – la scène des collègues qui prennent soin du clown heureux blessé, malgré qu’ils le détestent, rappelle Gelsomina qui prend soin de Zampanò, malgré sa méchanceté envers elle. Par ailleurs, ce dernier point, en commun avec le film fellinien, révèle l’élément extrêmement faible de la pellicule du réalisateur espagnole. Gelsomina prend soin de Zampanò afin de survivre dans la région apennine centrale ; les collègues prennent soin de Sergio ni pour survivre, ni pour le cirque : ils font ça pour le réalisateur. Ainsi le cirque devient une excuse du metteur en scène afin de catalyser l’événement d’une façon originale. En effet, le cirque est parfois grand, parfois petit selon le besoin. En outre, bêtes féroces (lions, tigres, etc) et collègues, qu’on ne voit jamais en action au cirque, ont souvent le rôle de « commentateurs »de l’action entre les deux clowns – qui rappellent de plus en plus Abel et Caïn – ce qui, au contraire, devrait être fait par le spectateur. Cependant, Iglesia se démontre assez malin, car avec la fin du film il réquisitionne tout. Le réalisme remarquable du final pose un doute : peut-être, alors, que le cirque de « Balada Triste de Trompeta » n’était pas le cirque tel que l’on connaît; au contraire, le cirque est le film lui-même. Un spectacle cinématographique auto-ironique ?

Après avoir vu la pellicule, à chacun de trouver sa propre réponse.

 

« Balada Triste de Trompeta »

de Alex de la Iglesia

avec Carlos Areces, Antonio de la Torre, Carolina Bang, Sancho Garcia, Manuel Tejada.

Films Distribution

Sortie le 22/06/11