« Cosmopolis », par le bouquin homonyme (2003) de Don De Lillo, nous illustre métaphoriquement la descente aux enfers d’Eric Packer dans sa limousine , jeune « tycoon » de l’information globale.

L’histoire de « Cosmopolis » est une histoire importante puisque le livre de De Lillo est un livre important. Cette importance est due à l’habileté de l’écrivain d’individuer un sujet de si stricte actualité sociale et de le traiter avec une poignante mais raffinée ironie – ce qui rappelle la grande tradition moderniste du XXème siècle – tout en projetant le lecteur dans un temps qui est de plus en plus présent. « Qu’est-ce que le doute ? L’ordinateur élimine le doute », nous dit-on à un moment donné dans le livre. Et ensuite : « on connaissait le passé et pas le futur. Ça change maintenant. ».

David Cronenberg est un cinéaste qui connaît ces histoires par cœur puisqu’il les a « enseignées » tout au long de ses 40 années de carrière. Cependant, s’il capte l’importance quasi opprimante du livre de même que ses points centraux – avant tout la symbiose entre l’homme et la machine (représentée entre Eric Packer et sa super limousine toujours en mouvement) – il semble ne pas capter la bonne méthode formelle afin de se détacher cinématographiquement du texte de De Lillo. En effet, Cronenberg semble reprendre chaque mot de l’écrivain newyorkais pour l’ « imprimer » sur l’écran. Néanmoins, il ne trouve pas le moyen – et on signale là un obstacle qui rend le livre difficilement adaptable – de représenter un élément fondamental du texte même : la pensée consciente du protagoniste qui révèle la nature de toutes ses rencontres. Ainsi, par exemple, le fait que Packer et la fille blonde ont été mariés pendant 26 jours échappe au spectateur qui n’a pas lu le livre et qui, en ce cas, ne cesse justement pas de se demander quelle signification a ce couple au sein du récit.

Ce livre de De Lillo est un livre « verbal ». Or, on sait bien que le cinéma est un langage plutôt qu’une langue. Le courageux David Cronenberg envisage la « traduction » de la langue du livre par le milieu du cinéma. Cependant, son adaptation perd une bonne partie de son sens car, au final, il s’agit d’une traduction d’une langue vers quelque chose qui est encore de l’ordre de la langue plutôt que du langage. En effet, au niveau de l’image on aperçoit très peu d’inventions formelles dignes d’une expérience cinématographique si cultivée.

Par ailleurs, et enfin, le choix de Robert Pattinson en tant que Eric Packer est l’un des points les plus réussis de ce « Cosmopolis ». Pour ce que Pattinson lui-même représente au sein de la réalité quotidienne, il est crédible dans son rôle. De plus, le fait qu’il ne soit pas un grand acteur – pas encore, on ne sait jamais – l’aide beaucoup en ce cas…

 

« Cosmopolis »

de David Cronenberg

avec Robert Pattinson, Sarah Gadon, Paul Giamatti, Juliette Binoche, Jay Baruchel, Mathieu Amalric.

Ascot Elite

Sortie le 25/05/12