« Dark Shadows » ou l’histoire du maudit Barnabas Collins − provenant d’une famille de Liverpool partant en Amérique où elle trouve la richesse − vampire emprisonné en 1752 qui est libéré en 1972 et retrouve la dernière génération au vieux manoir de famille.

L’auteur de cet article est heureux d’annoncer un sérieux retour de la part du plus « halloweenien » des hollywoodiens après l’échec qualitatif du précédent « Alice in Wonderland » (2010).

On dit sérieux puisque Tim Burton revient au cinéma pour lequel on l’admire : son cinéma qui, en évitant toute pédanterie, nous raconte des bizarres paraboles de la société contemporaine (américaine). Son cinéma qui – pour tout auteur que l’on respecte, de Bergman à Lynch – raconte des obsessions personnelles qui ont amené ce petit gosse de Burbank à devenir artiste et à faire des films de telle façon plutôt que d’autre.

Face à un film de Burton, il faut croire aux fantômes. Et si l’on croira à ces fantômes, on aura accès au discours rhétorique que le cinéaste californien vise à mettre en place. Or, ce qui, à notre avis, rend ce « Dark Shadows » une pellicule tout à fait remarquable dans son ensemble est la manière dont elle expose une question presque ontologique concernant la culture d’un pays énorme comme les Etats-Unis – ayant établi dans le monde, outre l’usuelle suprématie économique, aussi une sorte d’hégémonie culturelle.  Ainsi, si le cinéma a toujours servi en tant que milieu moderne afin de montrer la modernité faisant irruption dans la tradition, les auteurs du film en question envisagent le processus à l’envers, le mouvement cyclique de l’Histoire, afin de se demander en quoi et pourquoi est-on si moderne et cool. C’est donc là que les fantômes burtoniens ont leur impitoyable effet ; c’est donc là que, cette fois, la tradition fait irruption dans la modernité. À cet égard, on tient à souligner une séquence clef, digne d’une grande tradition cinématographique passée, mais, surtout, digne d’un grand auteur : le moment de l’arrivée du vampire Barnabas chez les Collins en 1972.

Finalement, l’image de ces deux périodes historique distinguées qui s’entrechoquent avec un brin de légèreté et fantaisie, le jeu avec les expectatives du spectateur – hypnotisé par les stéréotypes de genre dont Burton lui-même à contribué à la création – et le jeu avec les détails rhétoriques donnant à l’histoire une touche de finesse et personnalité que l’on trouve rarement ailleurs (voir à ce propos l’une des premières scènes : le réveil de Barnabas en 1972), font de « Dark Shadows » un film digne d’appartenir au panthéon des bons films de Tim Burton.

 

Note de bas de page : l’histoire est tirée d’une série télé homonyme, créée par Dan Curtis et inédite en Europe, dont, entre les années 1966 et 1971, on avait produit plus de 1200 épisodes.

 

« Dark Shadows »

de Tim Burton

avec Bella Heathcote, Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Christopher Lee.

Warner Bros.

Sortie le 09/05/12