Des méandres Baroques au Sublime Romantique, un film qui n’oublie malheureusement pas de passer par la case monotone du catastrophique classicisme hollywoodien…

Car il faut en effet une audace toute baroque pour exalter la mort si vite dans cette nouvelle interprétation du mythique monstre japonais. Faire disparaître Juliette Binoche au bout de sept minutes, c’est tout de même un peu culotté, et il en faudrait plus que ça pour remettre en cause les canons du film catastrophe Hollywoodien. Bien essayé, également, la mort un peu trop prématurée de Bryan Cranston, nous laissant ainsi errer dans l’aventure Godzilla avec un héros tout autant charismatique qu’un lave-linge. Cela malgré l’interminable début du film, qui doit bien durer 1 heure et 15 minutes, censé donner de la profondeur au parcours du héros.

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Après les méandres scénaristiques du début du film, visiblement censés rendre plus crédible l’apparition – de toute façon – complétement surnaturelle de monstres géants, on plonge dans un film d’action et de catastrophe on ne peut plus classique. Il est tout de même intéressant de constater combien le film cultive les allusions aux grandes « catastrophes » médiatisées à outrance de ce début de siècle. Par un jeu de références visuelles et scénaristiques plus ou moins subtiles, on y retrouve le Tsunami, un léger incident de centrale nucléaire au Japon, et bien entendu le 11 septembre. Le mythique monstre japonais a au moins le mérite de cristalliser les grandes peurs collectives des années 2000. On est néanmoins un peu perdu entre les faits historiques revisités, pour tenter d’ancrer un peu plus le récit dans notre réalité, et les faits historiques rajoutés, afin de donner plus d’amplitude au récit. La réalisation est on ne peut plus bienséante et bien trop souvent l’image, comme la musique, sont d’une niaiserie étouffante.

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Puis, soudain, au détour de deux gratte-ciels de San Francisco qui s’effondrent, le film prend un tournant tout autre, devient, l’espace d’un instant, modestement sublime. Toutes les apparitions du monstre mythique sont extrêmement réussies, et bien souvent quasi-poétiques. On ne peut que regretter qu’il n’en soit pas de même pour tout le reste du film. Quand enfin l’on rentre dans le vif du sujet, et que les monstres qu’on est venu voir se battre sont dans l’arène, le film prend un tournant fantastique, surnaturelle, admirablement bien réalisé. Comme s’il venait de changer de réalisateur, la fin du film nous offre autre chose, ce que l’on est venu voir en fait. Une réalité sonore et visuelle différente, surréaliste, et seule apte à rendre sensible au spectateur ce que doit être la confrontation avec « Godzilla ». La scène du parachutage sur San Fransisco en ruine est admirable, il est simplement dommage que l’on ait à supporter près de deux heures de film catastrophe ultra-stéréotypé pour enfin goûter à un peu de poésie, un peu de dépaysement audiovisuel, que seul le cinéma pourra jamais nous offrir.

Sortie : 14 mai

Gaspard Vignon