En sortant de la salle, on entend le « grand vieux » disant : « C’est un film à raconter aux enfants ! ». Oui, mais peut-être qu’il nous suffit d’être moins spécifiques afin d’être précis : c’est un film à raconter aux gens – ce dernier, un mot un peu trop grossier que l’on utilise toutefois pour se comprendre. Bref, le grand public tend à oublier que le cinéma n’a jamais été un vrai rêve tombé par du ciel. Ainsi, un énorme spécialiste tel que Martin Scorsese se déguise encore une fois en missionnaire et raconte une parabole dont le protagoniste est l’histoire de ce septième art. Cette fois, tout en suivant l’exemple d’ « Avatar » (2009), le grand cinéaste new-yorkais se conforme aux règles du marché et exploite les milieux d’une histoire « légère » et de la 3D, afin de créer un rêve qui parle de lui-même en tant que produit historique. Le personnage principal de « Hugo » est au choix du spectateur : Hugo Cabret ou Georges Méliès. Toutefois, si l’on essaye d’aborder le point de vue de Scorsese, on choisit évidemment le « premier magicien du cinéma » Méliès, joué par un toujours grandiose Ben Kingsley. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, à part l’anniversaire cette année des 150 ans de la naissance de Méliès (8 décembre 1861), Marty Scorsese est aussi restaurateur de films et qu’il a été impliqué dans la restauration de plusieurs pellicules de Méliès lui-même. Justement, de sa part – comme l’avait déjà fait un autre grand restaurateur en 1953 : Georges Franju, co-fondateur de la Cinémathèque Française en 1948 – Scorsese  vise à restaurer l’existence de Méliès en tant qu’exemple historique des débuts du cinéma, qui, à notre vitesse, nous paraissent déjà « préhistoriques ». C’est donc le début suivi d’un développement qui l’intéresse. En effet, afin d’illustrer cela, il mélange habilement des parties de sa filmographie avec celle des autres maîtres. Au niveau des personnages on y reconnaît plutôt le côté personnel. De fait, lors que les deux personnages principaux – selon la logique du récit – parlent sérieusement pour la première fois, ça rappelle la façon par laquelle Harvey Keitel approche la fille dans « Who’s that Knocking at my Door » (1967). Selon ce développement stylistique chronologique, la fin évoque « The Age of Innocence » (1993), cela soutenu par Scorsese lui-même apparaissant en tant que photographe. D’ailleurs, le reste du contexte est imprégné de citations des plus hauts exemples du septième art. Des frères Lumière de « L’arrivée d’un train » (1896), au Tim Burton de « Edward Scissorhands » (1990), en passant par Méliès lui-même, le King Vidor de « The Crowd » (1928), le Chaplin de « Modern Times » (1936) pour arriver au Fellini de « Amarcord » (1973), sans oublier le fameux segment de l’horloge par « Safety Last ! » (1923) avec Harold Lloyd; le plaisir d’en trouver d’autres est à vous.

Ce « Hugo » n’a pas la trempe d’un chef-d’œuvre, il mérite cependant d’être observé attentivement par le spectateur et si il ou elle est jeune, tant mieux.

D’une part, le film montre l’efficacité de la 3D dans les plans d’ensemble, en soulignant, dans ce cas, l’espace et sa profondeur vertigineuse – un effet qui évoque la légende des premières projections Lumière, par lesquelles le public s’enfuyait terrorisé à l’arrivée du train. D’autre part, encore une fois, on souligne l’inutilité de cette « troisième dimension » dans les plans rapprochés. Ainsi, peut-on voir l’imposition artistique de la 3D comme ça a été le cas du cinématographe Lumière ?

 

« Hugo » (Hugo Cabret)

de Martin Scorsese

avec Ben Kingsley, Asa Butterfield, Chloë Grace Moretz, Sacha Baron Cohen, Christopher Lee.

Ascot Elite

Sortie le 14/12/11