Normalement, si un remake sort peu après l’original (voir « Rec » qui est devenu « En quarantaine » aux Etats-Unis), ça sent une pure opération commerciale sans aucun intérêt artistique. Et lorsqu’il s’agit d’un des meilleurs films de genre de la décennie, « Let the Right One In » (« Morse » dans les pays francophones), la rage des fans – et du réalisateur Tomas Alfredson – est entièrement justifiée. Heureusement, « Laisse-moi entrer » n’a rien du cynisme financier qui est à la base d’autres remakes comme « Les griffes de la nuit » ou « Vendredi 13 », principalement pour deux raisons : le réalisateur Matt Reeves, très apprécié grâce à « Cloverfield », capable d’apporter quelque chose de nouveau à un genre familier et intéressé par le film parce que, comme le scénariste de l’original (le romancier John Ajvide Lindqvist, qui contrairement à Alfredson a soutenu la version américaine dès le départ), il a retrouvé des éléments de lui-même dans un récit qui traite de façon très originale les problèmes de l’adolescence ; et le studio Hammer, véritable usine de films d’horreur de qualité dans les années ’60 et ’70 (on se rappelle notamment du célèbre « Dracula » de Terence Fisher, avec Peter Cushing et Christopher Lee), pour lequel « Laisse-moi entrer » marque le début d’une nouvelle ère.

Même si l’histoire se situe au Nouveau-Mexique et non pas en Suède, le film maintient l’atmosphère froide et sombre de la version scandinave, avec un travail très méticuleux en termes de photographie et décors. Mais il ne s’agit pas d’une simple photocopie : veuillant atteindre le grand public, Reeves change certains détails narratifs, s’amuse avec la construction des plans et du suspense (les fans de « Cloverfield » reconnaitront sa passion pour la caméra subjective) et accentue les aspects plus typiques du cinéma d’horreur, surtout par rapport au gore, sans jamais perdre de vue le cœur du film, c’est-à-dire la relation, très tendre et tragique, entre le jeune Owen (Kodi Smit-McPhee, déjà vu dans « La route » avec Viggo Mortensen) et la vampire Abby (Chloe Moretz, qui a joué Hit-Girl dans « Kick-Ass »). Et c’est dans ce couple assez bizarre mais très convaincant qu’on retrouve une des meilleures raisons pour tourner la version USA de « Let the Right One In » : faire comprendre au public moyen – surtout les jeunes qui ont peut-être pas vu l’original suédois – que si on veut voir un film où le thème du vampirisme est exploité pour parler des relations humaines, les deux œuvres d’Alfredson et Reeves, avec leur beauté cruelle, sont beaucoup plus émouvantes que les métaphores à deux balles – et les effets spéciaux ridicules – de la série « Twilight ». En plus, il ne faut pas rater le magnifique Richard Jenkins (« The Visitor »), qui incarne un des plus mauvais tueurs en série de l’histoire du cinéma…

Laisse-moi entrer (Let Me In)

De Matt Reeves

Avec Kodi Smit-McPhee, Chloe Moretz, Elias Koteas, Richard Jenkins

Distribution: Elite

Sortie le 20/10/10