Marie, à peine 20 ans, aimerait gagner plus d’argent et se laisse entraîner lentement dans la prostitution sans en dire un mot à son copain, Vincent, avec qui elle habite. Celui-ci enchaîne les heures d’usine, les figures de skate et les week-ends passés à s’occuper de Mika, son frère autiste, sans se rendre compte de rien.

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Cela fait quelques années déjà que Germinal Roaux s’intéresse à l’adolescence et surtout à ce moment clé du passage à l’âge adulte ; il le documente depuis 2007 par un journal photographique nommé « Never Young Again ». On ne s’étonne donc pas qu’il amène, pour son premier long métrage, des idées très intéressantes sur ce même thème : « Je voulais montrer cet instant singulier d’une prise de conscience possible, de ce moment unique dans la vie de chacun où tout change pour toujours, où les idées préconçues sont balayées, et où peut naître l’étincelle d’un nouveau départ. » (G. Roaux) De même, il justifie l’utilisation du noir et blanc : cela représente très bien la façon dont les adolescents voient le monde (soit tout noir, soit tout blanc).
De bonnes idées, donc, mais apparemment trop ambitieuses. Il décrit lui-même l’adolescence comme un « âge des contrastes », mais les images qu’il nous livre sont en fait peu contrastées : on a ici plutôt affaire à du “gris sur gris“ qu’à du noir et blanc. Les thèmes soulevés dans le film sont difficiles et importants (la prostitution, le précarité des jeunes), mais traités trop en surface, tout comme les personnages qui manquent de profondeur. Le personnage de Marie, principalement, ne semble pas très réaliste. Elle se laisse entraîner dans un monde qui, pourtant, la met mal à l’aise dès le début ; elle n’utilise pas l’argent qu’elle gagne, alors que c’est ce qui l’a attirée en premier lieu. Le jeu peu expressif d’Agathe Schlenker n’aide pas non plus à rendre vivant ce personnage bancal. Et pour finir, où se trouve donc cette « étincelle d’un nouveau départ » ? Peut-être dans cette image de Vincent prenant un barrage en photo ; mais cela ne semble pas suffisant pour contenter le besoin d’un nouveau départ de chacun des personnages. Le film s’éparpille un peu, la tension dramatique met bien trop de temps à arriver et le dénouement n’est qu’esquissé malgré son importance, ou malgré l’importance qu’il aurait dû avoir. On ressort donc un peu déçu d’un film qui n’a pas su exploiter tout son potentiel.

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Mais comment finir sur ces critiques sans parler des raisons qui nous le font aimer un peu, ce film, malgré tout ? On l’aime, ce film, parce qu’il est réalisé par un jeune Lausannois qui a encore toute la vie devant lui pour s’améliorer. On l’aime aussi pour la magnifique interprétation de Mika, le frère autiste de Vincent, par Dimitri Stapfer. Et on l’aime encore parce qu’il donne l’espoir de voir bientôt un cinéma suisse renouvelé et attirant les foules dans les salles. En attendant ce moment de grâce, on souhaite bonne chance à Germinal Roaux pour la suite et on se réjouit de savoir ce que d’autres en ont pensé.

Réalisateur et scénariste : Germinal Roaux
Acteurs : Nahuel Perez Biscayart, Agathe Schlenker, Dimitri Stapfer, Mathilde Bisson, Stanislas Merhar
Distribution : Filmcoopi Zürich
Sortie en salle : 23.10.2013

Julie Racine