En 1929, Monsieur Georges Prosper Remi (appelé ensuite Hergé) crée – en se servant de son stylo et de quelques feuilles de papier – la première série d’une bande dessinée : Les Aventures de Tintin. En 2011, un certain Monsieur Steven Spielberg crée en se servant de 130 millions de dollars (et de Monsieur Peter Jackson) un film qui sort dans les salles du monde entier: « The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn ».

Ce long-métrage s’adapte très bien au petit jeu auquel se laisse aller Hollywood en ces derniers temps, un jeu dont la règle suit le principe du « gâchis ». Il s’agit en bref de mélanger les ingrédients (dans ce cas, ceux qui forment un film) en espérant trouver une recette à succès (qui rapporte des milliards), comme c’était le cas pour Coca-Cola.

Le premier point faible de cette dernière adaptation n’est pas vraiment le pastiche au niveau de l’histoire racontée – avec plusieurs situations tirées de différents albums d’Hergé – mais au niveau de la mise en scène, avec un mélange stylistique de différents films récents qui ont bien marché au Box office. De « Sherlock Holmes » à « Harry Potter », en passant par « Pirates des Caraïbes ». Tout ça, sans oublier les autocitations du réalisateur, « Indiana Jones » avant tout.

Par ailleurs, le gâchis se fait distinguer aussi au niveau du scénario, avec lequel on essaye de balancer des scènes d’action, parfois remarquablement violentes, avec des répliques de « british humour ». Le résultat est dégradant et consiste surtout à des Samuraïs qui tirent avec les mitraillettes Thompson des années 1930, en récitant de l’ironie. Finalement, cette « potion » fait noyer le casting – d’ailleurs, non reconnaissable à cause de la technique du « performance capture ».

Immanquablement, les réalisateurs cachent derrière ce mix le discours didactique et moraliste apte à ne jamais trahir la propre estime des spectateurs (les jeunes, surtout). Tintin se définit « réaliste » face à la faillite ; mais tout de suite, le capitaine Haddock intervient et, avec un ton paternel (chez Haddock, depuis quand?), lui assure qu’il n’y a pas moyen de faire faillite si on y croit. Ainsi, le capitaine arrête de boire son immanquable whisky, après avoir rappelé l’épisode de son ancêtre et de son incroyable trésor – désormais prêt à être découvert. Il s’agit là d’une invitation adressée aux jeunes à ne pas boire afin d’être lucides et trouver ces trésors inestimables. Très bien, apparemment. Toutefois, si l’on est assez lucide et on se rend compte de l’inexistence à priori de ces grands trésors, comment réagira-t-on face à cette faillite ?

À ce niveau discursif, il faut aussi remarquer la scène du scheik (oriental), où il semble vouloir se masturber devant Mme Castafiore (occidentale) en train de chanter. Une séquence tout simplement ridicule.

On s’arrête là.

3D inutile, comme le film.

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licrone (The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn)

de Steven Spielberg

avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Simon Pegg, Nick Frost

Distribution: Walt Disney

Sortie le 26/10/11