Dur dur d’être hétéro!

Dans Les garçons et Guillaume, à table!, comédie jubilatoire et premier métrage, Guillaume Galienne nous propose une lecture atypique et intimiste de la découverte de la sexualité.

« Ferme les yeux et pense à l’Angleterre ». C’est le conseil que la mère de Guillaume Galienne lui donne pour mieux vivre sa première expérience avec un partenaire. Guère aidé par une famille peu compréhensive, ballotté entre une mère « oscillant entre la tendresse et la froideur la plus extrême » et un père intolérant quant à sa différence, le jeune homme efféminé et stigmatisé (d’où le titre : Les garçons et Guillaume, à table !) ignore encore ses réelles orientations sexuelles. 

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Une histoire sans tabou

Dans ce film à contre-courant, Guillaume Galienne, sociétaire de la Comédie française et habitué aux petits rôles au cinéma, passe à la vitesse supérieur en réalisant une œuvre savoureuse et intimiste. Dans Les garçons et Guillaume, à table !, film autobiographique tiré de son one-man show débuté en 2008, Galienne campe son propre rôle, mais aussi celui de sa mère. On est bluffé par cette performance presque schizophrénique hors norme qui rend un vibrant hommage, mêlant un amour profond et sincère, mais aussi une critique violente, à sa génitrice et à l’éducation qu’elle a pu lui inculquer. Souvent drôle, parfois spirituelle, cette prouesse révèle au spectateur toute l’ambiguïté d’une relation tumultueuse (à la limite de l’Œdipien). Le reste de sa famille n’est pas épargné pour autant. On adore la grand-mère (Françoise Fabian) affreusement injurieuse, les frères bêtes et sportifs ainsi que la tante cancéreuse expliquant qu’il faut tenir les hommes par les parties et serrer afin de les soumettre définitivement. Chaque personnage vient tout droit de la vie de l’auteur-réalisateur, qui décide, avec une démarche courageuse et exempte de pudeur, d’exposer tous les vices de ses connaissances, sans pour autant omettre les siens.

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Des situations rocambolesques, mais sincères

Il en résulte une comédie fine et amusante, avec quelques instants de pur génie, bien loin d’un certain type de production française « gros sabots ». On ne craint pas d’aborder frontalement des sujets aussi sensibles que le cancer, l’homosexualité ou le travestissement. On rit de bon cœur devant des scènes d’humour décomplexées et totalement incongrues. L’exemple de l’entretien épique qui débouche sur l’inaptitude de notre jeune recrue suite au diagnostique porté par le médecin de l’armée constitue un moment d’anthologie. Par ailleurs, les situations les plus abracadabrantes se succèdent rapidement en allant des palais de l’Impératrice Sissi à la pension pour jeunes garçons en passant par des séances d’équitations, le tout agrémenter (bien entendu) de nombreuses consultations chez le psychanalyste.En bref, des scènes potentiellement lourdes et « beauf », mais qui parviennent à nous émouvoir grâce à une sincérité de tout instant (même les plus embarrassants).

Le lien cinéma-théâtre

Le film, malgré des qualités indéniables au niveau comique pêche néanmoins du point de vue technique. La casquette fraîchement enfilée de réalisateur ne dupe pas vraiment le spectateur. Un grand nombre de transition maladroites nous empêchent parfois de pleinement profiter de l’intrigue. Cela est aussi peut-être dû à la volonté de garder la trace de l’origine du projet : le théâtre. Le film débute et se termine sur les planches avec comédien Galienne, ce qui crée un malaise ou en tout cas une gène. En effet, ces scènes restent très hétérogènes et leurs présences ne se justifient à aucun moment.

Les garçons et Guillaume à table, malgré un humour parfois noir et toujours hilarant, est aussi une ode à la tolérance et à l’écoute d’autrui. Il a réalisé le meilleur démarrage de l’année pour un film français. Nous lui souhaitons le même succès pour la suite.