Les cinq premières minutes de ce film sont très drôles, voire un chef-d’œuvre du slapstick pur. Il s’agit d’une belle surprise, si on considère que la bande-annonce de cette « adaptation » du célèbre roman de Jonathan Swift ne promettait pas grand-chose. C’est donc pas si surprenant d’apprendre que ces cinq minutes ne font pas partie du film « Les voyages de Gulliver », mais du court-métrage « Scrat’s Continental Crack-Up », un petit épisode de « Ice Age », dont le quatrième volet est annoncé pour l’été 2012. Cette jolie petite comédie animée précède le long-métrage consacré à Gulliver, un choix artistique pas du tout heureux puisque la qualité des nouvelles aventures de l’écureuil Scrat met encore plus en évidence la médiocrité de l’attraction principale.

Bien entendu, le film n’a pratiquement rien à voir avec le texte de Swift, sauf pour des passages écrits qui sont fidèlement reproduits dans le générique de fin (et même dans ce cas, l’auteur n’est jamais cité). La preuve, les voyages de l’explorateur Gulliver au début du dix-huitième siècle ont été remplacés par les expériences d’un loser de nos jours, qui se retrouve par hasard dans le petit (c’est le cas de le dire) pays de Lilliput et doit en protéger les habitants, menacés par l’armée de Blefuscu. Élu héros du peuple, Gulliver devient une légende vivante, acclamé pour ses exploits (entièrement inventés) en Amérique. Tout ça rigoureusement en 3D et, pour ce qui concerne les salles de Lausanne, uniquement en VF (même la copie que j’ai vue en vision de presse était en français, toujours un mauvais signe).

Comme la plupart des films sur Gulliver, seulement un des quatre voyages est montré à l’écran (mais les autres sont mentionnés d’une manière ou l’autre). Mais c’est le moindre des problèmes dans un film qui remplace la satire du roman original par un humour grossier et puéril « justifié » par la présence de Jack Black dans le rôle principal. Et voilà l’autre défaut: comme c’est souvent le cas dans ces productions, Black ne joue pas un personnage, mais plutôt une variation de sa propre personnalité, comme le témoigne son influence sur les choix musicaux. Quant au réalisateur Rob Letterman, on comprend qu’il ne soit pas tout à fait à l’aise dans le domaine du cinéma live action, venant du monde de l’animation (son dernier film était le marrant « Monsters vs. Aliens »). En fait, « Les voyages de Gulliver » ressemble à une mauvaise copie des dessins animés Dreamworks: absence d’un vrai scénario, acteurs connus employés pour leur statut et non pas pour leur talent, gags idiots et un enchaînement de citations que les plus petits ne comprendront pas. Bon, au moins, ils auront droit au court-métrage initial…

Les voyages de Gulliver (Gulliver’s Travels)

De Rob Letterman

Avec Jack Black, Jason Segel, Amanda Peet, Emily Blunt

Distribution: Fox

Sortie le 23/02/11