Y-a-t-il encore un public pour « Men in Black », quinze ans après la sortie du premier film? Une question assez légitime, puisque les fans de l’époque, qui avaient énormément apprécié la comédie SF de Barry Sonnenfeld, mélange exquis de gags (y compris la révélation que Steven Spielberg, producteur exécutif de la franchise, est en réalité un alien déguisé) et action, ont été largement déçus par le deuxième volet, une photocopie de l’original marquée par une grande fatigue au niveau de l’écriture. Dix ans séparent ce film et « Men in Black 3 », dont le défaut principal – à priori, bien entendu – est que  presque tous les reportages concernant ce nouvel épisode se sont concentrés plutôt sur les aspects moins prometteurs de la production, notamment la suspension du tournage pour compléter le scénario, dans lequel se serait même impliqué l’acteur principal Will Smith – mais ce détail n’est pas mentionné dans le générique – pour s’assurer que l’histoire soit plus intéressante. Et là, on va le dire: pari gagné.

Lorsqu’on retrouve J (Smith) et K (Tommy Lee Jones), les choses on quelque peu changé: leur patron, Z, est décédé (décision prise, hélas, suite aux problèmes judiciaires de Rip Torn, qui incarnait le personnage dans les volets précédents), et sa place a été prise par l’agent O (Emma Thompson) qui, comme K, semble cacher un secret que J n’est pas censé découvrir. Puis, un jour, ce dernier arrive au bureau et fait une découverte choquante: K serait en fait mort depuis quarante ans. La raison, c’est la récente évasion de Boris l’Animal (l’acteur et musicien néozélandais Jemaine Clement), un criminel extraterrestre qui, pour se venger, s’est fait envoyer dans le passé et a tué K pour permettre la destruction de la Terre dans notre époque. J doit donc retrouver la version jeune de son partenaire en 1969 et empêcher tout ça. Mais à quel prix?

C’est justement cette idée – suggérée par Smith, semble-t-il – du voyage dans le temps qui donne à « Men in Black 3 » l’énergie qui était absente dans le deuxième épisode il y a dix ans. D’un côté, l’atmosphère rétro permet plein de gags très drôles (l’apparition de Bill Hader dans le rôle d’Andy Warhol, dont on a eu un aperçu dans la bande-annonce, est géniale), ainsi qu’une esthétique extraterrestre beaucoup plus jouissive (le maquilleur Rick Baker, qui avait remporté un Oscar pour le premier « Men in Black », s’est clairement amusé lors du tournage). De l’autre, ceux qui craignaient une baisse de qualité parce que Tommy Lee Jones, pour des raisons de scénario, n’apparaît que pendant une vingtaine de minutes, peuvent se rassurer: l’introduction du K plus jeune, joué par Josh Brolin, est sans doute la meilleure invention du film, non seulement parce que l’acteur arrive à faire plus qu’une simple imitation de Jones, mais aussi parce que les interactions entre Brolin et Smith ajoutent beaucoup à l’impeccable dynamique entre les deux personnages-clé de la série.

Bien entendu, le film n’est pas sans défauts: Boris, aussi drôle qu’il soit, est un méchant assez stéréotypé (et inférieur au mythique Edgar du premier opus), et les dernières vingt minutes sont plutôt prévisibles (malgré la présence d’un personnage vraiment sympathique qui arrive à voir tous les futurs possibles). En plus, les fans qui ont grandi avec l’original auront peut-être de la peine à accepter la décision de sortir ce troisième volet en 3D (très bien utilisée, d’ailleurs). Mais globalement on peut se déclarer satisfaits: c’est drôle, assez original, et surtout on se réjouit d’avoir rencontré à nouveau les hommes en noir.

Men in Black 3

De Barry Sonnenfeld

Avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Jemaine Clement, Michael Stuhlbarg, Emma Thompson

Distribution: Disney

Sortie le 23/05/2012