« In space, no one can hear you scream. » C’est une des phrases publicitaires les plus connues (voire la plus connue) de l’histoire du cinéma, ayant énormément contribué au succès du film « Alien » de Ridley Scott, oeuvre incontournable de la science-fiction américaine dont l’impact culturel a été, après un excellent deuxième volet signé James Cameron, un peu mitigé au fil des décennies, en raison des réactions plutôt négatives des fans envers les épisodes suivants, le sous-estimé « Alien 3 » (qui compte même son propre réalisateur, David Fincher, parmi ceux qui le détestent) et le décevant « Alien, la résurrection » de Jean-Pierre Jeunet, et surtout l’affligeant « Alien vs. Predator », qui – en incluant le deuxième épisode sorti en 2007 – avait marqué, on disait à l’époque, la mort de la franchise. Voilà, donc, un retour inattendu, d’autant plus que c’est à nouveau Ridley Scott, qui avait longtemps pensé à un cinquième volet en collaboration avec Cameron, à gérer le destin de la série.

Mais attention, « Prometheus » n’est pas « Alien 5 ». N’en déplaise aux fans, la fameuse bête qui a donné le nom à la franchise n’apparaît (presque) pas du tout dans ce film qui se situe, dans la chronologie des événements, une trentaine d’années avant le premier opus. Pas de Ripley, donc, sa place ayant été prise par l’archéologue Elizabeth Shaw (Noomi Rapace), qui vient de découvrir que la race humaine aurait été créée par des êtres supérieurs, d’origine extraterrestre, qu’elle appelle les Ingénieurs (pour les fans de « Alien », il s’agit du cadavre fossilisé qu’on surnomme le Space Jockey). Grâce au financement de Peter Weyland (Guy Pearce), une expédition scientifique est envoyée, à bord du vaisseau Prometheus (l’implication mythologique/religieuse est explicitée par Weyland lui-même), sur une planète qui serait la patrie des Ingénieurs. Et c’est là que Shaw et ses camarades font une découverte terrifiante: et si nos créateurs auraient décidé de nous éliminer?

Mené à la fois par le superbe talent visionnaire de Scott (qui, rien que dans le prologue du film, signe une des plus belles séquences de sa carrière) et un scénario qui n’hésite pas à poser des questions très profondes et réfléchir, à travers la SF, sur l’essence de la nature humaine, notamment en introduisant le personnage de l’androïde David (Michael Fassbender, le meilleur dans un groupe d’acteurs qui inclut aussi une Charlize Theron très méchante),  « Prometheus » est à la fois, une histoire indépendante aussi bien qu’une préquelle (quoique indirecte) du premier « Alien », dont il garde l’atmosphère très tendue et sombre. Cela dit, le script n’est pas sans défauts, qu’il s’agisse de dialogues qui font un peu série B ou de certaines scènes qui ne servent quasiment à rien (y compris un cadeau gratuit pour les geeks qui aiment à la folie la franchise). Sans parler du fait que, pour certains, l’absence de moments qui font vraiment peur pourrait être considérée comme une trahison de la part du réalisateur, qui avait promis quelque chose de plus effrayant lors des interviews sur le film.

Mais au final, après avoir risqué un enterrement prématuré, la franchise revient avec un nouveau départ qui n’est certes pas la perfection, mais suffisamment prometteur pour que le futur ait un air plus intriguant. Et la 3D (réelle, pas convertie) donne beaucoup plus de puissance aux sublimes images de Scott. Un spectacle à savourer sur grand écran, sans doute (mais pas sans réserve).

Prometheus

De Ridley Scott

Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Guy Pearce, Idris Elba, Charlize Theron

Distribution: Fox

Sortie le 30/05/2012