« Take Shelter » nous raconte les faits de Curtis (Michael Shannon) ouvrier, mari et père qui est obsédé par l’idée qu’une tempête terrible avec tornade va bientôt arriver et dévaster le territoire. Ainsi, doit-il sauver sa famille de la tempête ou bien sa famille de lui-même ?

Tout d’abord, ce « Take Shelter » est un film indépendant, simple qui cache toutefois une admirable complexité. En effet, le jeune metteur en scène Jeff Nichols (« Shotgun Stories », 2007) – avec moins d’un million de dollars, vingt-quatre jours de tournage et une histoire de gens humbles et introvertis – capte la nature d’une époque. Il s’agit d’une époque d’anxiété, laquelle, selon Nichols scénariste, est à la base du film – écrit en 2008. Cette anxiété « envers les choses qu’on ne peut pas contrôler » se traduit bientôt en stress et, finalement, en plusieurs cas, en tempêtes d’hallucinations destructrices qui, comme des parasites, entament l’esprit et anéantissent la force d’établir des relations humaines en les annulant. Toutefois, dans un contexte si inquiétant, Nichols nous accorde une lueur d’espérance et une possible solution. Ce dernier est un point qui, à notre avis, espérance à part, gâche un peu l’admirable ambiguïté que le film concède à son spectateur et qui définit la paranoïa en transformant le spectateur lui-même en être paranoïaque.

Néanmoins, on admire la sensibilité de Nichols pour un paysage américain – plus précisément sa patrie, l’Arkansas – qui, peut-être, est l’un des rares sujets qui ont encore quelque chose à révéler. En ce sens, la caméra numérique d’Adam Stone (chef-op.) souligne un naturalisme qui, indubitablement, nous rappelle le grand Terrence Malick ; une telle photo, comme si elle était guidée par un climax, abouti dans un dernier ensemble de plans qui est tout à fait fantastique en termes de cadrage, du placement des personnages à l’intérieur du cadre et des oppositions chromatiques. Par ailleurs, le naturalisme de Nichols est admirablement exprimé par TOUS les acteurs, parmi lesquels Michael Shannon, Jessica Chastain et Shea Whigham révèlent un talent frappant, en illustrant remarquablement le cours de la vie quotidienne. Ainsi, il faut remarquer les scènes autour de la table, qui participent à la révélation de l’habileté naturelle des comédiens principaux dans la construction d’un rapport familial loin de tout académisme, mais, surtout, la présence de la seule fille du couple Curtis-Samantha, laquelle est sourde. La communication par les gestes devient ainsi une finesse narrative qui participe à la réussite globale de « Take Shelter ».

Comme on l’avait remarqué pour Nicolas Winding Refn, celui de Jeff Nichols est un nom qui s’ajoute à la liste des noms à rappeler.

Bon film !

 

« Take Shelter »

de Jeff Nichols

avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Shea Whigham, Katy Mixon, Tova Stewart.

Ascot Elite

Sortie 01/02/12