« The Place beyond the Pines » est l’histoire, en trois parties, d’un conflit intergénérationnel dans une petite ville de l’état de New York.

Après le remarquable « Blue Valentine » (de 2010, jamais sorti en salle (!)) – où il dévoilait un regard social attentif, à travers une exploration en profondeur de l’amour et du mariage entre changements et traditions – Derek Cianfrance se révèle un cinéaste intéressé et, par conséquent, intéressant. On pourrait peut-être écrire un petit livre à l’égard de « The Place beyond the Pines ». Toutefois, au long de ces lignes on se limitera au soulignement de quelques points importants à notre avis.

« Place » est tout d’abord un film politique, dans sa longueur, simple et précis comme il faut (ou faudrait) et comme on en voit rarement aujourd’hui. Avant encore d’aborder l’exploration psychologique de ces personnages, Cianfrance se préoccupe à juste titre de coudre un tissu social authentique pour ses protagonistes. Là, l’argent constitue une thématique centrale, même si jamais explicitement, qui bouge les individus et est à la base de chaque rapport entre eux, soit-il de complicité ou de malentendu.

Cette problématique socio-politique déclenche ensuite une autre problématique – peut-être plus intéressante et originale dans sa mise en place – d’ordre « esthétique » lorsque l’on explore l’ambiguïté du rapport amour-haine entre héros et anti-héros. D’une façon qui rappelle vaguement le « Liberty Valance » de John Ford, Cianfrance met en avant des personnages qui, dans le déroulement chronologique du récit, cherchent à échapper et échappent à leur position primaire afin d’aller vers l’autre extrême, c’est-à-dire du héros au anti-héros et vice-versa. Contrairement à Ford, dans « Place » ces deux pôles disparaissent finalement, laissant place à la seule culpabilité des protagonistes. Ainsi, dans le film de Cianfrance, l’ironie se construit sur le fait que tout le monde a raison et tort en même temps. À cet égard, on peut observer l’utilisation « ironique » du gros plan (tout comme dans Blue Valentine), qui scrute les êtres, à la manière d’un John Cassavetes, dans leur profondeur morale lorsqu’ils voudraient se dissimuler dans la foule plutôt de se montrer à l’attention du spectateur.

Dans son paradigme d’analyse socio-politique, « Place » fait faute d’une ellipse assez peu vraisemblable (15 ans s’écoulent entre la deuxième et la troisième partie et les personnages, notamment celui joué par Bradley Cooper, n’ont presque pas changé physiquement). Néanmoins, on admire ses choix au niveau narratif – où la cohérence des plans (très beaux), qui reviennent régulièrement, rend bien l’idée de la vie dans une petite ville provinciale – et au niveau du casting, pilier portant du film – où, à côté des toujours doués Gosling et Mendelsohn, brillent bizarrement Mendes et Cooper.

Ainsi, et enfin, « Place » témoigne de l’arrivée dans le cinéma contemporain d’une « voix » – avec celle de Steve McQueen – rassurante, car attentive et courageuse.

 

« The Place beyond the Pines »

de Derek Cianfrance

avec Ryan Gosling, Eva Mendes, Bradley Cooper, Ben Mendelsohn, Ray Liotta.

Ascot Elite

03/04/13