Le nouveau film d’Abdellatif Kechiche est destiné à un public averti. Il faut le préciser d’entrée de jeu. En effet, certaines des scènes sont choquantes et dégradantes. Avec une honnêteté désarmante, le réalisateur nous immerge dans le présent d’une femme noire au 19ème siècle.

On a droit à une critique virulente des sociétés européennes de l’époque, mais plus généralement de la nature humaine : cet intérêt morbide pour ce qui est différent, des orgies abominables, une soif d’argent jamais rassasiée.

La qualité visuelle de l’image et des plans aident parfaitement à la prise de conscience de l’horreur de la descente au enfer de cette femme totalement écrasée par ses maîtres. Comme je le mentionne en préambule, certaines scènes ne vont pas sans rappeler « Antichrist » de par leur franchise et leur crudité. Le réalisateur ne veut pas nous dégoûter, mais bien nous faire prendre conscience de la bassesse dont l’homme peut faire preuve.

Outre la violence omniprésente dans le film (autant physique que morale), on peut également y voir un certain espoir symbolisé par cette « vénus hotentotte » qui ne renonce pas à ce qui lui reste de fierté.  Mais malgré sa bonne volonté, elle n’arrête pas de faire les mauvais choix.

Le film dure quant à lui plus de deux heures et  joue sur les silences et les non-dits. Cependant, on peut regretter une certaine longueur et une certaine répétition de l’action.

Pour faire court, « Vénus noire » est un film beau et terrible, qui n’épargne pas la nature humaine et n’a pas peur de choquer pour servir son propos. Un film que je considère comme réussi, même si je dois admettre en être sorti démoralisé.

Vénus noire (2009)
De Abdellatif Kechiche
Avec Yahima Torres, Olivier Gourmet, André Jacobs
Distribution : MK2 diffusion
Sortie en salle : 27 octobre 2010