Après la mort du célèbre couturier Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé décide de se séparer de la formidable collection d’œuvres d’art amassées durant leurs années de vies communes. L’occasion de revenir sur la vie du « petit génie » de la mode, de mieux découvrir ses prouesses et ses travers. L’occasion, en 100 minutes, de comprendre comment un petit surdoué timide est devenue « Yves Saint-Laurent ».

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C’est à travers le regard de Pierre Bergé (Guillaume Galienne) que nous découvrons Yves Saint-Laurent (Pierre Niney). Difficile d’opter pour un regard plus intime, mais ce point de vue extérieur est néanmoins important, voire pertinent, car pour représenter au mieux le mythe sans pour autant le dénaturer, il fallait à tout prix éviter de le voir de trop près, de le rendre trop accessible. Il est d’emblée présenté comme un génie sensible, fragile, et à ce titre il faut saluer l’interprétation de Pierre Niney, le jeune sociétaire de la comédie française est tout simplement bluffant. Ajoutons à cela la justesse du jeu de Guillaume Galienne, tantôt amoureux, tantôt paternel : le couple Bergé/Saint-Laurent fonctionne à merveille, tant dans ses travers que dans ses instants de grâce. La mise en scène est toujours juste, presque trop, à tel point que, imperceptiblement tout au long du récit, l’appartement des deux hommes se remplit d’œuvres d’art, comme pour mieux signifier la complexification de leur relation. Non content de simplement décrire deux personnages emblématiques de la deuxième moitié du vingtième siècle, le film évoque l’évolution de leur relation. A nouveau, les acteurs sont ici irréprochables, à tel point que même Charlotte Le Bon (qui incarne Victoire Doutreleau) parvient à se glisser dans son personnage avec charme et subtilité.

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On avait rarement vu au cinéma des défilés de mode. Tâche difficile, en effet, que de parvenir à immerger le spectateur dans les défilés de Saint-Laurent, lieux d’expression du génie créateur, sans tomber dans le superficiel. Le défi est pourtant relevé avec brio, et l’on se laisse prendre au jeu. Même le spectateur le plus réfractaire à la haute-couture se laissera émerveiller par tant de volupté. A ce titre, le film se fait tout de même un peu trop séducteur, sentimental, et il eut surement été préférable de parfois laisser plus de place au jeu d’acteur, aux émotions de nos personnages si bien mises en scène, et un peu moins à la musique, sempiternelle rengaine de la nostalgie qui habite le Génie tourmenté.

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On sait que les américains ont su amener très loin l’art du « Biopic » ces dernières années. Inutile de dire que les français n’ont plus grand-chose à leur envier, tant la machine à nostalgie est ici si bien huilée. De là à souhaiter la mort de Karl Lagerfeld afin d’avoir droit à un nouveau film épique sur les dessous de la haute-couture, il n’y a qu’un pas. A noter, enfin, qu’un autre Biopic (« Saint-Laurent ») est annoncé pour mai 2014, avec Gaspard Ulliel et Jérémie Rénier dans les rôles phares. Outre l’inutilité triviale de ce doublon cinématographique, ce dernier risque également de souffrir du niveau de qualité imposé par son frère ainé. Affaire à suivre !

Sortie Suisse : 15 Janvier 2014

Réalisation : Jalil Lespert

Acteurs : Pierre Niney, Guillaume Galienne, Charlotte Le Bon

Gaspard Vignon